Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/243

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inattendue et à cette fumée ; et cet étonnement fut si grand que je crus pendant quelques instants qu’ils allaient abandonner leur dessein et regagner la côte. Et à coup sûr il en eût été comme je le crus d’abord, si nos hommes avaient soutenu leur bordée par une décharge de mousqueterie ; car, pour le coup, les canots étant si près d’eux, ils n’auraient pas manqué de faire quelques ravages qui eussent au moins suffi à empêcher cette bande-là de s’approcher davantage, et qui leur eussent permis de lâcher une autre bordée sur les radeaux. Mais, au contraire, en courant à bâbord pour recevoir les radeaux, ils laissèrent aux hommes des canots le temps de revenir de leur panique, et, en regardant autour d’eux, de vérifier qu’ils n’avaient subi aucun dommage.

La bordée de bâbord produisit l’effet le plus terrible. La mitraille et les boulets ramés des gros canons coupèrent complètement sept ou huit des radeaux, et tuèrent roide trente ou quarante sauvages peut-être, pendant qu’une centaine au moins se trouvaient précipités dans l’eau, dont la plupart cruellement blessés. Ceux qui restaient, perdant complètement la tête, commencèrent tout de suite une retraite précipitée, ne se donnant même pas le temps de repêcher leurs compagnons mutilés, qui nageaient çà et là de tous côtés, criant et hurlant au secours. Ce grand succès, néanmoins, arriva trop tard pour sauver nos énergiques camarades. La bande des canots était déjà à bord de la goëlette au nombre de plus de cent cinquante hommes, la plupart d’entre eux ayant réussi à grimper aux porte-haubans et par-dessus les filets de bastingage, même avant que les