Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/269

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sable de réfléchir mûrement sur la route à suivre. Nous avions six ou sept îles en vue, appartenant au même groupe, à une distance de cinq ou six lieues l’une de l’autre ; mais nous n’étions pas tentés de nous aventurer sur aucune d’elles. En arrivant par le nord sur la Jane Guy, nous avions graduellement laissé derrière nous les régions les plus rigoureuses de glace, — et, bien que cela puisse paraître un absolu démenti aux notions généralement acceptées sur l’Océan Antarctique, c’était là un fait que l’expérience ne nous permettait pas de nier. Aussi, essayer de retourner vers le nord eût été folie, — particulièrement à une période si avancée de la saison. Une seule route semblait encore ouverte à l’espérance. Nous nous décidâmes à gouverner hardiment vers le sud, où il y avait pour nous quelque chance de découvrir d’autres îles, et où il était plus que probable que nous trouverions un climat de plus en plus doux.

Jusqu’ici nous avions trouvé l’Océan Antarctique, comme l’Arctique, exempt de violentes tempêtes ou de lames trop rudes ; mais notre canot était, pour ne pas dire pis, d’une construction fragile, quoique grand ; et nous nous mîmes vivement à l’œuvre pour le rendre aussi sûr que le permettaient les moyens très-limités dont nous pouvions disposer. La matière qui composait le fond du bateau était tout simplement de l’écorce, — écorce de quelque arbre inconnu. Les membrures étaient faites d’un osier vigoureux dont la nature s’appropriait parfaitement à l’usage en question. De l’avant à l’arrière nous avions un espace de cinquante pieds, de quatre à