Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/62

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levait à chaque instant pour aller reprendre son office de bourreau au passavant. Très-heureusement il était tellement affaibli par l’ivresse, qu’il put être aisément contenu par les moins sanguinaires de la bande, parmi lesquels était un maître-cordier, connu sous le nom de Dirk Peters. Cet homme était le fils d’une Indienne, de la tribu des Upsarokas, qui occupe les forteresses naturelles des Montagnes Noires, près de la source du Missouri. Son père était un marchand de pelleteries, je crois, ou au moins avait des relations quelconques avec les stations de commerce des Indiens sur la rivière Lewis. Quant à ce Peters, c’était un des hommes de l’aspect le plus féroce que j’aie jamais vus. Il était de petite taille et n’avait pas plus de quatre pieds huit pouces de haut, mais ses membres étaient coulés dans un moule herculéen. Ses mains surtout étaient si monstrueusement épaisses et larges qu’elles avaient à peine conservé une forme humaine. Ses bras, comme ses jambes, étaient arqués de la façon la plus singulière et ne semblaient doués d’aucune flexibilité. Sa tête était également difforme, d’une grosseur prodigieuse, avec une dentelure au sommet, comme chez beaucoup de nègres, et entièrement chauve. Pour déguiser ce dernier défaut, il portait habituellement une perruque faite avec la première fourrure venue, — quelquefois la peau d’un épagneul ou d’un ours gris d’Amérique. À l’époque dont je parle, il portait un lambeau d’une de ces peaux d’ours, et cela ajoutait passablement à la férocité naturelle de sa physionomie, qui avait gardé le type de l’Upsaroka. La bouche s’étendait presque d’une oreille à l’autre ; les lè-