Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/84

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petites brises ; mais, arrivé à une distance d’une journée de route de Madère, il fut assailli par un fort coup de vent du nord-nord-est qui le força à mettre à la cape. Il amena la goëlette au vent sous une simple misaine, avec deux ris, et le navire se comporta aussi bien qu’on pouvait le désirer, n’embarquant pas une goutte d’eau. Vers la nuit, la tempête se calma un peu, et la goëlette commença à rouler avec moins de régularité, se comportant toujours bien, toutefois, quand tout à coup un violent coup de mer la jeta sur le côté de tribord. On entendit alors tout le chargement de blé se déplacer en masse ; l’énergie de la secousse fut telle, qu’elle fit sauter la grande écoutille. Le navire coula comme une balle de plomb. Cela arriva à portée de voix d’un petit sloop de Madère, qui repêcha un des hommes de l’équipage (le seul qui fut sauvé), et qui avait l’air de jouer avec la tempête aussi aisément qu’aurait pu le faire une embarcation habilement manœuvrée.

L’arrimage à bord du Grampus était très-grossièrement fait, si toutefois on peut appeler arrimage quelque chose qui n’était guère qu’un amas confus, un pêle-mêle de barriques d’huile[1] et de matériel de bord. J’ai déjà parlé de la disposition des articles dans la cale. Dans le faux-pont, il y avait, comme je l’ai déjà dit, assez de place pour mon corps entre le second pont et les barriques d’huile ; un espace était resté vide autour de la grande écoutille, et l’on avait aussi laissé vides plusieurs places

  1. Généralement les baleiniers sont fournis de cuves en fer pour l’huile. Pourquoi le Grampus n’en possédait-il pas, c’est ce que je n’ai jamais pu vérifier. — E. A. P.