Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/95

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Je m’opposai à ce plan, parce que je ne croyais pas que le second (qui était un gaillard très-avisé dans toutes les questions qui ne touchaient pas à ses préjugés superstitieux) fût homme à se laisser surprendre aussi aisément. Ce simple fait qu’il y avait un homme de quart sur le pont était une preuve suffisante que le second était sur le qui-vive ; car il n’est pas d’usage, excepté à bord des navires où la discipline est rigoureusement observée, de mettre un homme de quart sur le pont quand un navire est à la cape pendant un coup de vent.

Comme j’écris surtout, sinon spécialement, pour les personnes qui n’ont jamais navigué, je ferai peut-être bien d’expliquer la situation exacte d’un navire devant de pareilles circonstances. Mettre en panne et mettre à la cape sont des manœuvres auxquelles on a recours pour différentes raisons, et qui s’effectuent de différentes manières. Par un temps maniable, on met fréquemment en panne simplement pour arrêter le navire, quand on attend un autre navire ou toute autre chose. Si le navire est alors sous toutes voiles, la manœuvre s’accomplit ordinairement en brassant à culer une partie de la voilure, de manière qu’elle soit masquée par le vent ; le navire reste alors stationnaire. Mais nous parlons ici d’un navire à la cape pendant une tempête. Cela se fait avec le vent debout, et quand il est trop fort pour qu’on puisse porter de la toile sans danger de chavirer, et quelquefois même avec une belle brise, quand la mer est trop grosse pour que le navire puisse fuir devant. Quand un navire court devant le vent avec une très-grosse houle, il arrive souvent de fortes avaries par suite des paquets