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Page:Edmond-Mandey-Le Satyre de Meudon -1924.djvu/3

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EDMOND MANDEY



LE SATYRE DE MEUDON

i
un coq sans voix


Octavie Champoreau s’éveillait. Après avoir ouvert les yeux, elle s’accoudait et, assise dans son lit, contemplait ironiquement son mari, Anatole Champoreau, qui dormait à côté d’elle d’un sommeil profond.

La brune et plantureuse Octavie était ainsi très désirable, et tout autre que son mari n’eût certainement pas résisté à la tentation de la gorge nue et des seins débordant de la chemise entr’ouverte.

Mais, nous l’avons dit, Anatole dormait.

Avec une moue significative, son épouse en fit la remarque :

— Il dort comme s’il était éreinté ! Et pourtant, il n’y a pas de quoi !…

Il n’y avait pas de quoi, en effet.

Car, la veille, la pauvre femme s’était en vain faite caressante, elle avait en vain usé de toutes les provocations amoureuses, Anatole était resté sourd à ses avances.

Ce n’était pas qu’il n’aurait pas voulu. Mais, malgré toute sa bonne volonté et malgré les charmes indéniables de sa tentante moitié, le pauvre homme n’avait trouvé aucun accent pour chanter ce duo d’amour auquel le conviait son ardente épouse.

C’était grave, et, en désespoir de cause, Anatole s’était endormi, laissant Octavie seule avec ses réflexions, lesquelles, on s’en doute, étaient plutôt amères.

Et le lendemain matin était arrivé. Or, Anatole dormait toujours. Il devait être reposé à souhait et complètement dispos.