« Et quand je pense que je t’ai donné ma virginité, que je suis venue à toi pure et innocente… Ah ! les hommes sont vraiment des misérables !
Tout en parlant ainsi, Lucie reprenait ses vêtements, elle passait ses bas, refaisait sa toilette.
André la regardait sans mot dire.
Elle se tourna vers lui :
— Tu vois bien que tu ne m’aimes plus. Tu ne m’aides même pas à m’habiller !
— Parce que tu m’abasourdis avec tout ce que tu me racontes !… Mais au contraire, je t’adore plus que jamais !
Et il se précipita pour déposer un baiser sur l’épaule nue de sa maîtresse.
— C’est encore du chiqué ! fit Lucie… C’est du chiqué à présent, depuis huit jours.
André éclata :
— Mais enfin, je me demande où tu vas chercher de pareilles idées !… Rien dans mon attitude à ton égard ne les justifie !…
— Tais-toi donc ! Tu ne sais pas mentir ! Avoue plutôt que tu as assez de moi, que tu veux me plaquer, mais que tu ne sais pas comment t’y prendre ! Tu as peur de la scène que je te ferai… Et je te la ferai sûrement, tu peux y compter !
« Je ne me laisserai certainement pas plaquer sans rien dire, ni sans me venger… tu serais trop content.
« Tu ne réponds pas, tu ne protestes plus, tu vois que j’ai deviné juste !…
André, en effet, ne répondait pas. André réfléchissait, et il était en train de se demander pourquoi son amie lui faisait de semblables reproches. Il se le demandait, en cherchant quelle imprudence il avait bien pu commettre, et il était très inquiet de savoir si Lucie ne l’avait pas surpris avec l’autre. Car, cette petite diablesse avait raison ! André voulait la lâcher, André la trompait, ou du moins, était très désireux de la tromper avec une rivale.
Lucie n’avait rien surpris du tout, mais, ainsi qu’elle le disait, son instinct féminin l’avait avertie du danger qu’elle courait, danger grave et beaucoup plus immédiat encore qu’elle ne le supposait.
Mais alors, se dira-t-on, pourquoi André protestait-il aussi véhémentement ? Puisqu’il était décidé à rompre, pourquoi ne profitait-il pas de l’occasion que lui offrait sa maîtresse ? Parce qu’il eût préféré attendre : le moment choisi par lui pour la rupture n’était pas encore venu, l’heure des adieux définitifs n’avait pas encore sonné à son gré.
Cependant, il fallait bien répondre à Lucie. Il s’avança donc vers la jeune femme et, une dernière fois, essaya de la détromper :