Page:Eekhoud - Kermesses, 1884.djvu/69

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Comme l’excellent homme me tint longtemps entre ses bras ! Il me regardait avec une admiration attendrie, répétant : « Le grand garçon que voilà, mon « Jurgen », mon « Krapouteki !… » et toute la kyrielle de noms d’amitié invraisemblables mais adorables qu’il inventait pour moi défila, ponctuée de caresses.

La matinée n’était pas encore avancée. Enveloppé dans son ample robe de chambre, il allait s’habiller lorsque j’entrai suivi de Lion, de Yana et enfin de l’oncle, le moins ingambe des quatre.

La mine de mon père me semblait excellente. Le teint était rose — par trop allumé aux pommettes, me fit-on observer plus tard ; — l’œil très brillant — trop brillant — la voix un peu rauque mais douce, caressante, malgré son timbre grave, un timbre inoubliable.

Il avait alors quarante-six ans. Je vois se dresser devant moi sa haute stature, ses membres bien plantés ; sa physionomie affectueuse me sourit encore aux heures de détachement du réel.

L’oncle lui serra la main.

— Tu vois que je tiens parole, Ferdinand… Voilà notre mauvais sujet !…

— Merci, Henri… Pardonne l’embarras que je te cause… Tu te moqueras de moi ; mais si tu ne l’avais pas amené, je serais parti aujourd’hui pour son couvent… Je me moquais du régime et des ordonnances du docteur… Car tu ne sais pas, Georgie… j’ai été légèrement malade… Oh ! un rien, un simple bobo, un rhume négligé… N’est-ce pas, Yana, un petit rhume ?…