Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/121

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couverte des reliefs du déjeuner de famille longtemps après que M. Vincy était parti pour son bureau avec son second fils, et que dans la salle d’étude miss Margan avait commencé ses leçons du matin avec les filles cadettes. La table attendait le flâneur éternel de la famille, qui trouvait beaucoup moins désagréable de causer un dérangement aux autres que de se lever quand on l’appelait.

Tel était l’état des choses par une matinée de ce même mois d’octobre où nous avons vu dernièrement M. Casaubon faire une visite à la Grange. Malgré la chaleur suffocante d’un grand feu qui avait fait fuir l’épagneul au bout de la chambre, Rosemonde, pour quelque raison sans doute, demeurait assise là plus longtemps que d’habitude avec sa broderie, se secouant légèrement de temps à autre et posant son ouvrage sur ses genoux pour l’examiner d’un air de fatigue et d’ennui. Sa mère, en revenant d’une tournée à la cuisine, s’était assise de l’autre côté de la petite table à ouvrage avec une expression de placidité complète ; lorsque la pendule annonça par un léger bruit l’heure qui allait sonner, elle leva ses yeux de la dentelle dont le raccommodage occupait ses doigts potelés et tira le cordon de la sonnette.

— Pritchard, allez frapper encore à la porte de M. Fred, et dites-lui que dix heures et demie ont sonné.

Ceci fut dit sans qu’il parut la plus légère altération sur le visage enjoué de mistress Vincy, visage où quarante-cinq années n’avaient creusé ni rides ni sillons ; et, rejetant en arrière les rubans roses de son bonnet, elle laissa son ouvrage reposer sur ses genoux, tandis qu’elle regardait sa fille avec admiration.

— Maman, dit Rosemonde, quand Fred descendra, ne lui permettez pas, je vous prie, de demander du hareng saur ; je ne puis souffrir que l’odeur s’en répande dans la maison, surtout à ce moment de la journée.