Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/133

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qui semblait humide de larmes, mais le visage parfaitement sec, répondit :

— Qu’il ait raison ou non, mon frère, il nous est naturellement pénible, à moi et à mon frère Salomon, d’entendre abuser de votre nom et, votre maladie étant de nature à vous emporter subitement, cela nous chagrine de voir des gens qui ne sont pas plus Featherstone que les Merry Andrew de la foire calculer d’avance ce que vous leur laisserez de votre bien. Et moi votre sœur ? Et Salomon votre frère ?… Oh ! s’il en devait être ainsi, dans quel but alors le Tout-Puissant a-t-il institué les familles ? Ici, les larmes de mistress Waule coulèrent modérément sur ses joues.

— Arrivez au but, Jane, dit M. Featherstone en la regardant. Vous voulez dire que Fred Vincy a emprunté de l’argent à quelqu’un sur ce qu’il prétend savoir de mon testament, eh ?

— Je n’ai jamais dit cela, mon frère. Je l’ai appris hier soir par mon frère Salomon, qui est entré chez moi en revenant du marché, pour me donner des conseils à propos de mon vieux froment ; car je suis veuve, hélas et mon fils John, tout rangé qu’il est, n’est qu’un garçon de vingt-trois ans. Et Salomon tenait ce qu’il m’a dit d’autorités irrécusables et de plusieurs côtés.

— Sornettes que tout cela ! Je n’en crois pas un mot. C’est une histoire inventée. Allez à la fenêtre, missy, et voyez si c’est le docteur qui vient. J’ai cru entendre un cheval.

— Ce n’est pas moi qui ai inventé l’histoire, ni Salomon, qui, en dépit de ses bizarreries, et je ne nie pas qu’il en ait, a fait son testament et a partagé son bien également entre les familles auxquelles il se rattache ; quoique, pour ma part, je pense qu’il y a des moments où les uns devraient être considérés plus que les autres. Mais Salomon ne fait pas mystère de ses intentions.