Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/146

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un vieux malade désagréable, s’en prenant au médecin de ce que la médecine ne le guérissait pas, jointe au peu de charme qu’il trouvait à Middlemarch, lui faisait envisager sa situation présente sous un assez sombre jour. La brillante apparition de Rosemonde l’éclaira d’un éclat d’autant plus vif.

Le vieux Featherstone s’empressa de la lui présenter officiellement comme sa nièce, bien qu’il n’eût jamais cru nécessaire de lui parler de Mary Garth au même titre. Rien n’échappa à Lydgate dans la conduite pleine de grâce de Rosemonde. Il vit avec quelle douce gravité elle détournait l’attention que le manque de tact du vieillard avait attirée sur elle, ne laissant voir ses fossettes que pour parler à Mary ; elle s’adressa à celle-ci avec un si affectueux intérêt que Lydgate, ayant examiné Mary plus attentivement qu’il ne l’avait fait jusqu’alors, découvrit dans les yeux de Rosemonde une adorable tendresse. Mary, toutefois, pour quelque raison ignorée, paraissait en colère.

— Miss Rosy m’a chanté une romance ; vous n’avez rien contre, eh ! docteur, dit M. Featherstone ; je préfère cela à votre médecine.

— Et moi, j’ai oublié que le temps passait, dit Rosemonde se levant pour prendre son chapeau, qu’elle avait ôté avant de se mettre au piano. Et sa tête, semblable à une fleur délicate sur sa tige blanche, se dessinait dans toute sa perfection au-dessus de son amazone. — Fred, il est grand temps de partir.

— Très bien, dit Fred, qui avait ses raisons d’être de mauvaise humeur et qui désirait s’en aller.

— Miss Vincy est musicienne ? dit Lydgate la suivant des yeux.

Chaque nerf et chaque muscle de Rosemonde étaient tendus sous l’impression qu’elle éprouvait en se sentant regardée. Elle était, de nature, une admirable actrice dans tous les rôles qui faisaient partie de son extérieur ; elle