Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/161

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Oui, oui. Voici l’histoire en deux mots : Quelqu’un a dit au vieux Featherstone, en assurant le tenir de vous, que Fred avait emprunté ou essayé d’emprunter de l’argent sur la promesse de payer avec l’héritage de son oncle. Vous n’avez jamais dit pareille sottise, naturellement. Mais le vieux bonhomme insiste pour que Fred lui apporte une dénégation de la chose, de votre main : un petit billet disant que vous ne croyez pas un mot d’un pareil conte. Vous n’y avez, je pense, aucune objection ?

— Je vous demande pardon. J’ai une objection. Je ne suis pas du tout certain que votre fils, dans son étourderie et son ignorance (pour ne pas qualifier plus sévèrement sa conduite), n’ait pas cherché à emprunter de l’argent en se prévalant de ses espérances futures, ni même qu’il n’ait pas trouvé quelqu’un d’assez fou pour le satisfaire sur des garanties aussi incertaines. Ces prêts d’argent sont aussi communs dans le monde que bien d’autres folies.

— Mais Fred m’a donné sa parole d’honneur qu’il n-a jamais emprunté d’argent sous le couvert des espérances que je viens de vous dire. Il n’est pas menteur. Je ne veux pas le faire meilleur qu’il n’est ; je lui ai parlé sévèrement. Personne ne peut dire que je m’aveugle sur sa conduite, mais ce n’est pas un menteur. Et je pensais… mais je puis me tromper… qu’il n’y avait pas de religion pouvant empêcher un homme de croire le bien d’un jeune homme quand il ne sait d’ailleurs, sur lui, rien de défavorable. Ce serait d’une bien pauvre religion vraiment que de lui mettre un bâton dans les roues, en refusant de dire que vous ne croyez pas à une chose, quand vous n’avez aucune raison d’y croire.

— Ce ne serait pas du tout rendre service à votre fils que de lui faciliter les moyens d’hériter de Featherstone. Je ne puis regarder la fortune comme une bénédiction, si on ne l’emploie que pour moissonner sur cette terre. Ce langage