Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/162

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ne vous plaît pas, Vincy ; mais je crois de mon devoir de vous dire que je n’ai aucune raison de favoriser Fred dans l’héritage de la propriété dont vous parlez. Je ne crains pas d’ajouter que cela ne tendrait ni au bonheur éternel de votre fils ni à la gloire de Dieu. Pourquoi, alors, irais-je écrire cette sorte d’affidavit qui n’a d’autre objet que de favoriser cette misérable convoitise ?

— Si votre intention est d’empêcher tous ceux qui ne sont pas des saints et des évangéliques d’avoir de l’argent, vous devriez, pour votre part, renoncer à certains associés dont vous profitez, c’est tout ce que je puis dire, s’écria M. Vincy avec emportement. Peut-être est-ce pour la gloire de Dieu, mais ce n’est sûrement pas pour la gloire du commerce de Middlemarch, que la maison Plymdale emploie ces teintures bleues et vertes de la fabrique de Brassing ; elles font pourrir la soie, c’est tout ce que j’en sais. Allez dire à d’autres que tout le profit qu’on en retire va à la gloire de Dieu, ils en seront peut-être plus contents. Mais je me soucie peu de tout cela. Je ferais un joli vacarme, si je voulais.

M. Bulstrode fut un moment avant de répondre :

— Vous me chagrinez beaucoup en parlant ainsi, Vincy. Je ne prétends pas que vous compreniez le mobile de mes actions. Ce n’est pas chose facile que de tracer un sentier pour les principes au milieu des obstacles de ce monde. C’est encore moins facile pour les gens frivoles et railleurs d’apercevoir ce sentier. Souvenez-vous, je vous prie, que J’étends ma tolérance sur vous, parce que vous êtes le frère de ma femme, et qu’il vous convient peu de vous plaindre de moi comme d’un obstacle aux moyens que vous avez d’élever la position sociale de votre famille. Je vous rappellerai que ce n’est ni à votre prudence ni à votre jugement que vous avez dû de garder votre situation commerciale.

— Non, sans doute, mais mon commerce ne vous a pas