Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/196

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— Oui, et vous allez trouver Middlemarch bien peu musical. C’est à peine s’il s’y trouve un bon musicien. Je ne connais que deux messieurs qui chantent passablement.

Lydgate oubliait presque qu’il lui fallait soutenir la conversation, en songeant combien cette créature était charmante avec sa robe qui semblait avoir été faite du ciel bleu le plus pâle, elle-même d’un blond immaculé comme si les pétales de quelque fleur gigantesque venaient de s’ouvrir et de la révéler au jour ; et pourtant alliant avec ce charme si jeune tant de grâce délicate et discrète ! Depuis le souvenir de Laure, Lydgate avait perdu tout son goût pour les longs silences et les grands yeux muets : cette image ne l’attirait plus et Rosemonde en était l’opposé en tout.

— J’espère que vous me ferez entendre un peu de musique ce soir.

— Je vous ferai entendre une écolière, si vous le voulez, dit Rosemonde. Papa insistera certainement pour que je chante. Mais je tremblerai devant vous qui avez entendu à Paris les artistes les plus célèbres. Moi, j’en ai entendu très peu. Je n’ai été qu’une fois à Londres. Mais notre organiste de Saint-Pierre est bon musicien et je continue à étudier avec lui.

— Dites-moi ce que vous avez vu à Londres ?

— Bien peu de chose.

Une jeune fille plus naïve eût répondu : « Oh ! tout ce qu’il y a à voir ! »

Mais Rosemonde avait plus de finesse :

— Quelques-unes de ces curiosités auxquelles on mène toujours les jeunes filles ignorantes de province.

— Vous appelez-vous une jeune fille de province ignorante ? dit Lydgate, la contemplant dans un enthousiasme d’admiration involontaire qui la fit rougir de plaisir.

Mais elle garda son sérieux, tourna un peu son long cou,