Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/201

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— Non, ce dont je parle est bien plus près de moi.

Rosemonde se leva, prit son ouvrage et dit :

— Aimez-vous un peu la danse ? Je ne sais pas s’il arrive quelquefois aux hommes savants de danser.

— Je danserais certainement avec vous si vous le vouliez bien.

— Oh ! dit Rosemonde avec un petit rire modeste, je voulais vous prévenir seulement qu’on danse quelquefois chez nous, et savoir si ce serait vous faire injure que de vous inviter.

— Non, assurément, à la condition de danser avec vous.

Lydgate se leva alors pour se retirer ; mais, en passant près des tables de whist, il s’arrêta à observer le jeu de M. Farebrother, jeu aussi remarquable que sa physionomie, où se voyait un mélange frappant de sagacité et de douceur. À dix heures, on apporta le souper (telle était la coutume) et l’on se mit à boire du punch. M. Farebrother seul ne prit qu’un verre d’eau. La chance était pour lui, mais il semblait qu’il n’y eût pas de raison pour que les robbers ne se renouvelassent pas éternellement ; et Lydgate finit par se retirer.

Onze heures n’étaient pas sonnées, et il se mit à marcher dans l’air frais du soir du côté de la tour de Saint-Botolphe, l’église de M. Farebrother, qui se dessinait sombre et massive sur le ciel étoilé. C’était la plus ancienne église de Middlemarch, mais la cure ne rapportait que quatre cents livres par an. Lydgate l’avait entendu dire et il se demandait maintenant si par hasard M. Farebrother avait besoin de l’argent qu’il gagnait au jeu. C’est un homme du monde fort agréable, pensa-t-il, mais Bulstrode peut avoir ses bonnes raisons de le blâmer. Et qu’est-ce que me fait la doctrine religieuse de Bulstrode, si elle est accompagnée de bonnes intention ? Il faut se servir de toutes les cervelles qu’on a la chance de rencontrer.

Telles étaient les premières réflexions de Lydgate en