Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/217

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— Oh ! elle fait attention à tout le monde. Je l’ai préparée à sa confirmation ; c’était mon élève favorite.

M. Farebrother aspira en silence quelques bouffées de sa pipe. Lydgate ne tenait pas à en savoir plus long sur les Garth. Enfin le vicaire posa sa pipe, étendit ses jambes, et tournant avec un sourire des yeux brillants vers son visiteur, reprit :

— Mais nous autres, citoyens de Middlemarch, nous ne sommes pas si paisibles que vous le croyez. Nous avons nos intrigues et nos partis. Moi, par exemple, je suis un homme de parti et Bulstrode aussi en est un. Si vous votez pour moi, vous offenserez Bulstrode.

— Qu’y a-t-il donc contre Bulstrode ?

— Je n’ai pas dit qu’il y eût rien contre lui, si ce n’est cela. Si vous votez contre lui, vous vous en ferez un ennemi.

— Je ne vois pas que j’aie à m’en inquiéter, dit Lydgate avec un certain orgueil, mais je lui crois de bonnes idées sur les hôpitaux, et il dépense largement pour les œuvres d’utilité publique. Il pourrait m’être d’un grand secours pour l’accomplissement de mes desseins. — Quant à ses idées religieuses — eh bien ! — comme dit Voltaire, on peut détruire tout un troupeau de moutons par des incantations, pourvu qu’on les administre avec une certaine dose d’arsenic. Je cherche l’homme qui apporte l’arsenic et je me soucie peu de ses incantations.

— D’accord. Mais alors il ne faut pas que vous offensiez votre homme à arsenic. — Moi, vous ne m’offenserez pas, vous savez, dit Farebrother sans aucune affectation. Je ne fais pas de ma propre convenance un devoir pour les autres. Je suis opposé à Bulstrode en bien des choses. Je n’aime pas le parti auquel il appartient ; c’est un parti ignorant, étroit, où l’on fait plus pour tourmenter ses voisins que pour les rendre meilleurs ; avec leur système à la fois mondain et religieux, ils forment une espèce de clique