Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/255

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fiques, au dire de mon oncle. Et j’ai visité Rome dans la même ignorance. Il y a, relativement, peu de peintures dont je puisse véritablement jouir. D’abord, quand j’entre dans une salle dont les murs sont couverts de fresques ou de tableaux précieux, j’éprouve une sorte de crainte respectueuse comme un enfant qui, assistant à de grandes cérémonies, n’en voit que les riches costumes et les longues processions ; je me sens en présence d’une vie supérieure à la mienne. Mais, quand je commence à examiner ces tableaux l’un après l’autre, ou bien la vie m’en semble s’évanouir, ou bien elle produit sur moi un effet violent et étrange. Cela doit tenir à l’engourdissement de mon intelligence. Je vois tant de choses à la fois et je n’en comprends pas la moitié. On finit toujours alors par se trouver stupide. Il est triste d’entendre dire qu’une chose est extrêmement belle et de ne pouvoir sentir qu’elle est belle. C’est comme d’être aveugle et d’entendre parler du ciel.

— Oh ! pour arriver au sentiment de l’art, il y a beaucoup à apprendre, dit Will. (Il n’était plus possible de douter maintenant de la sincérité de l’aveu de Dorothée.) L’art est un vieux langage avec une quantité de styles d’emprunt et artificiels, et le plus grand plaisir qu’on retire de les connaître, c’est parfois uniquement la satisfaction même de les connaître. Je jouis immensément ici de l’art sous toutes ses formes ; mais si je voulais analyser cette jouissance, je la trouverais, je présume, tissée de bien des fils différents. C’est quelque chose que de barbouiller un peu soi-même et d’avoir une idée du procédé.

— Vous avez peut-être l’intention d’être peintre ? demanda Dorothée avec un intérêt nouveau. Vous voulez faire de la peinture votre carrière ? M. Casaubon sera heureux d’apprendre que vous avez fixé votre choix.

— Non, oh non ! fit Will avec un peu de froideur. Je suis bien résolu à ne pas suivre cette carrière-là. C’est une