Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/274

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que si peu de ceux qui l’entouraient, devina dans ce ton de regret irrité une tendresse si profonde, qu’elle ressentit pour lui un nouvel élan de gratitude, et lui répondit avec un charmant sourire :

— Vous êtes bon de vous inquiéter tant de moi. Cela vient de ce que vous-même n’aimez pas Lowick : votre cœur avait rêvé un autre genre de vie. Mais Lowick est la demeure que j’ai choisie.

Cette dernière phrase fut dite d’un accent presque solennel ; Will ne savait ce qu’il devait répondre, puisqu’il ne lui eût servi de rien d’embrasser ses souliers et de lui dire qu’il voudrait mourir pour elle ; il était clair qu’elle ne lui demandait rien de semblable ; et ils restèrent tous deux silencieux pendant un moment, jusqu’à ce que Dorothée reprît la parole, semblant vouloir dire enfin ce qui était dans sa pensée tout à l’heure :

— Je voulais vous interroger encore à propos de ce que vous ayez dit l’autre jour. Vous avez une façon si rapide de vous exprimer fortement et j’ai observé que vous aimiez à accentuer votre pensée ; j’exagère souvent aussi, moi-même, quand je parle vivement.

— Qu’était-ce donc ? dit Will, remarquant chez elle une timidité toute nouvelle ; j’ai un langage hyperbolique il prend feu à mesure qu’il va. Je suis sûr que je vais être forcé de me rétracter.

— Je reviens à ce que vous avez dit sur la nécessité de savoir l’allemand. J’y ai beaucoup songé, depuis ; il me semble qu’avec la science qu’il possède, M. Casaubon doit avoir à sa disposition les mêmes matériaux que les savants allemands ; ne le croyez-vous pas ?

Ce qui rendait Dorothée timide, c’est qu’elle sentait, sans bien se l’expliquer, que pour la première fois elle consultait une tierce personne sur la valeur de savant de son mari.

— Pas tout à fait les mêmes matériaux, dit Will, dési-