Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/305

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grave. Et je ne doute pas que Mary n’ait mis vingt livres de côté sur ce qu’elle touche à l’heure qu’il est. Elle nous les avancera.

Mistress Garth avait cessé de regarder Fred. Elle ne cherchait certainement pas à employer les mots capables de le blesser le plus sensiblement au cœur. Femme exceptionnelle qu’elle était, elle s’absorbait uniquement dans la recherche de ce qu’il y avait à faire, et n’imaginait pas que d’amères remarques et de vives remontrances pussent rendre plus heureuse l’issue de la chose. Mais elle venait de faire sentir à Fred, pour la première fois, quelque chose comme la dent du remords. Le chagrin que lui avait d’abord fait éprouver cette mésaventure provenait presque uniquement de l’idée qu’il paraîtrait déshonoré aux yeux des Garth et qu’il baisserait dans leur opinion ; il ne s’était pas inquiété du dommage et de la gêne qu’il allait peut-être leur occasionner ; calculer les besoins des autres est un travail auquel se livre rarement l’imagination des jeunes gentlemen pleins d’espérances. Mais ici, tout à coup, Fred ne vit plus en lui-même qu’un misérable gredin, dépouillant deux femmes de leurs épargnes.

— Je finirai par payer le tout, certainement, mistress Garth, plus tard, bégaya-t-il.

— Oui, plus tard, dit mistress Garth qui, avec son dédain particulier pour les grands mots, ne put réprimer une épigramme. Mais les garçons ne peuvent pas faire leur apprentissage plus tard : il faut qu’ils le fassent à quinze ans.

Jamais elle n’avait été si peu disposée à excuser la conduite de Fred.

— C’est moi qui ai eu le plus de tort là dedans, Suzanne, interrompit Caleb. Fred était sûr de trouver l’argent. Mais, moi, je n’avais que faire de me mêler de ces billets. Je suppose que vous avez bien cherché tout autour de vous et essayé de tous les moyens honorables ? ajouta-t-il en