Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/316

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dire, quelque infaillible qu’elle fût sur toute autre question, Caleb trouvait naturel que Fred ou n’importe qui d’ailleurs, considérât Mary comme plus digne d’être aimée que pas une autre jeune fille.

— J’ai quelque chose à vous dire, ma chérie, commença Caleb de sa voix hésitante ; ce ne sont pas de très bonnes nouvelles, mais elles pourraient être pires.

— À propos d’argent, mon père. Je sais, je crois, ce quel vous voulez dire.

— Eh ! comment cela se fait-il ? Vous le voyez, j’ai encore fait une folie cette fois ; j’ai mis ma signature sur un billet que maintenant il va falloir payer ; et votre mère va être forcée de donner ses économies, c’est là le pire de tout ; encore cela est-il insuffisant. C’est cent dix livres qu’il nous faut : votre mère en a quatre-vingt-douze, mais elle croit que vous aurez peut-être quelques petites épargnes.

— Oui, certes, j’ai plus de vingt-quatre livres. Je vous attendais, mon père, et je les ai préparées ici dans mon petit sac. Voyez quels beaux billets neufs et tout ce bel or.

Mary sortit l’argent de son sac et le mit dans la main de son père.

— C’est bien ; mais… nous n’avons besoin que de dix-huit tenez, reprenez le reste, mon enfant. Comment donc saviez-vous cela ?

Caleb, dans son indifférence incorrigible pour tout ce qui touchait à l’argent, commençait à s’inquiéter surtout du rapport qu’il pouvait y avoir entre cette affaire et les sentiments de Mary.

— Fred me l’a dit ce matin.

— Ah ! il est venu exprès ?

— Oui, je le crois. Il était très affligé.

— J’ai peur qu’on ne puisse avoir confiance en Fred, Mary, dit son père avec une hésitante tendresse. Ses intentions valent peut-être mieux que ses actes. Mais je m’affli-