Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/334

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traiter de barbare, dit Rosemonde en regardant Lydgate avec un sourire. Je vous soupçonne de ne rien savoir de lady Blessington et de L. E. L.

Ce n’est pas que Rosemonde méprisât absolument ces écrivains ; mais elle ne se compromettait jamais par une admiration trop prompte, et elle saisissait la moindre allusion à ce qui n’était pas, au dire de Lydgate, du meilleur goût.

— Mais sir Walter Scott, M. Lydgate le connaît, je suppose, reprit le jeune Plymdale un peu ragaillardi par cet avantage.

— Oh ! je ne lis plus maintenant d’œuvres littéraires, dit Lydgate en repoussant le livre. J’ai tant lu, lorsque j’étais enfant et jeune homme, que cela peut suffire à toute ma vie, je suppose. Je savais autrefois les poèmes de Scott par cœur.

— Je voudrais savoir quand vous vous êtes arrêté, dit Rosemonde, parce qu’alors je serais sûre de connaître quelque chose que vous ne connaissez pas.

— M. Lydgate vous dira que ce n’est pas la peine d’en connaître davantage, dit le jeune Ned, mettant de l’intention dans son sarcasme.

— Au contraire, dit Lydgate sans se montrer le moins du monde vexé, mais en souriant à Rosemonde avec une confiance exaspérante. Cela en vaudrait grandement la peine, parce que miss Vincy pourrait m’en instruire.

Le jeune Plymdale ne tarda pas à aller rejoindre les joueurs de whist, faisant la réflexion que Lygdate était un des êtres les plus infatués et les plus désagréables que sa mauvaise fortune lui eût jamais fait rencontrer.

— Que vous êtes bouillant ! dit Rosemonde intérieurement ravie. N’avez-vous pas vu que vous l’avez offensé ?

— Quoi ce livre est à Plymdale ? J’en suis fâché. Je n’y ai pas pensé du tout.