Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/341

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M. Brooke remarquant son expression. Un peu de bœuf et de mouton opéreront bientôt en lui un changement favorable. C’était très bien d’être pâle pour poser en saint Thomas d’Aquin, vous savez. Nous avons reçu juste à temps votre lettre. Mais, quant à d’Aquin… aujourd’hui… il était un peu trop subtil, n’est-ce pas ?… Qui est-ce qui lit les livres de d’Aquin ?

— Ce n’est certainement pas un auteur qui convienne aux esprits superficiels, dit M. Casaubon supportant ces questions si inopportunes avec une patience pleine de dignité.

— Vous prendriez volontiers un peu de café, mon oncle ? demanda Dorothée, venant à son aide.

— Oui, allez avec Célia ; elle a de grandes nouvelles à vous apprendre. Je lui laisse le soin de tout vous dire.

Le boudoir bleu vert prit un aspect beaucoup plus gai quand Célia, enveloppée d’une pelisse pareille à celle de sa sœur, fut assise, examinant les camées avec une satisfaction tranquille.

— Est-ce joli d’aller à Rome en voyage de noces ? demanda Célia, son visage se colorant de cette soudaine et délicate rougeur à laquelle Dorothée était habituée de sa part dans les plus petites occasions.

— Cela n’irait pas à tout le monde, pas à toi, chérie, par exemple, dit Dorothée fort calme.

Personne ne saurait jamais ce qu’elle pensait d’un voyage de noce à Rome.

— Mistress Cadwallader dit que c’est une bêtise des mariés de faire de ces longs voyages de noce. Elle dit qu’ils se fatiguent à la mort l’un de l’autre, et ne peuvent se disputer à leur aise comme ils le feraient chez eux. Lady Chettam m’a dit qu’elle était allée à Bath après son mariage. — Il y avait certainement dans la couleur qui paraissait et disparaissait sur les joues de Célia, quelque chose de plus que sa rougeur habituelle.