Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/356

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Oui, il se remet beaucoup plus vite que je ne le pensais d’abord. Il est presque revenu à son état normal.

— Vous ne craignez pas de retour de la maladie ? interrogea Dorothée dont l’oreille avait été prompte à saisir quelque réticence dans la voix de Lydgate.

— Ce sont des cas sur lesquels il est particulièrement difficile de se prononcer. Ce que je peux affirmer à coup sûr, c’est qu’il sera utile de bien surveiller M. Casaubon pour qu’il ne s’expose pas à une trop grande surexcitation nerveuse.

— Je vous supplie de me parler franchement, insista Dorothée. Je ne puis supporter l’idée qu’il pourrait y avoir quelque chose que je n’aie pas su, et dont la connaissance m’aurait fait agir différemment.

Ces mots lui échappèrent comme un cri : il était évident qu’ils venaient de trahir quelque expérience douloureuse encore récente.

— Asseyez-vous, ajouta-t-elle, en s’asseyant elle-même sur la chaise la plus rapprochée et en jetant loin d’elle son chapeau et ses gants, repoussant d’instinct toute étiquette lorsqu’une grave question de destinée était en jeu.

— Ce que vous dites là met fin à mon hésitation, dit Lydgate. C’est notre devoir, à nous, médecins, de prévenir autant que possible de semblables regrets. Mais je vous prie d’observer que la maladie de M. Casaubon est précisément un de ces cas sur l’issue desquels il est le plus difficile de se prononcer. Il peut vivre encore cinquante ans ou davantage, sans avoir une santé beaucoup plus mauvaise que par le passé.

Dorothée était devenue très pâle, et quand Lydgate se tut, elle reprit à voix basse :

— Vous voulez dire si nous sommes très prudents ?

— Oui, prudents à éviter toute excitation, toute application excessive.