Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/357

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— Il serait bien malheureux, s’il lui fallait renoncer à son œuvre, dit Dorothée, prévoyant aussitôt la possibilité d’un tel malheur.

— Je l’ai bien vu. La seule chose à faire est de chercher, par tous les moyens possibles, à modérer et à varier ses occupations. Grâce à un heureux concours de circonstances, il n’y a, comme je vous le disais, pas de danger immédiat à craindre de cette affection du cœur qui, je le crois, doit avoir été la cause de la dernière attaque. D’autre part, il se peut que le mal se développe plus rapidement : c’est un de ces cas où la mort est quelquefois subite. Il ne faut rien négliger et prendre garde à tout ce qui pourrait amener une crise fatale.

Il y eut quelques instants de silence pendant lesquels Dorothée resta assise comme si elle eût été de marbre ; et pourtant la vie était au dedans d’elle si intense à cette heure, que son esprit n’avait jamais encore, en un temps aussi court, franchi un aussi grand nombre de scènes et de spectacles différents.

— Aidez-moi, je vous en prie, dit-elle enfin de la même voix basse. Dites-moi ce que je puis faire.

— Que pensez-vous de voyages à l’étranger. Vous avez été dernièrement à Rome, je crois ?

Les souvenirs qui faisaient de cette idée une ressource absolument illusoire, créèrent comme un nouveau courant qui secoua Dorothée de sa pale immobilité.

— Oh ! pas cela, non ; ce serait pire que tout, fit-elle avec un désespoir presque enfantin, tandis que des larmes tombaient le long de ses joues. Rien ne pourra nous être utile, du moment qu’il n’y prend pas plaisir.

— Je voudrais vous avoir épargné ce chagrin, dit Lydgate profondément ému, mais s’étonnant de la manière dont s’était fait ce mariage. Une femme comme Dorothée était tout à fait en dehors de ses idées sur les femmes.