Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/382

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— Oh ! ma sœur, dit Salomon avec une douceur ironique, nous ne sommes pas, vous et moi, assez distingués, assez beaux, assez instruits. Nous devons être humbles et céder le pas aux gens plus huppés que nous.

Fred ne se contint plus ; se levant et regardant M. Featherstone il lui dit :

— Faut-il que nous quittions la chambre, ma mère et moi, monsieur, afin de vous laisser seul avec vos amis ?

— Asseyez-vous, je vous dis, répliqua le vieux Featherstone avec aigreur. Restez où vous êtes. Adieu, Salomon, ajouta-t-il en secouant sa perruque et essayant vainement d’agiter encore son bâton. Adieu, mistress Waule, et ne revenez plus.

— Je serai au rez de-chaussée, mon frère, quoi qu’il arrive, dit Salomon. Je ferai mon devoir et il faudra voir ce que permettra le Tout-Puissant.

— Oui, en fait de propriétés sortant des familles, continua mistress Waule, et là surtout où il y a des jeunes gens rangés à pousser. Mais je plains ceux qui ne sont pas ainsi et je plains leurs mères. Adieu, mon frère Pierre !

— Souvenez-vous que c’est moi qui suis l’aîné après vous, mon frère, et que j’ai toujours prospéré dans mes affaires, exactement comme vous, et que j’ai déjà acquis des terres au nom de Feathertone, dit Salomon, comptant beaucoup sur cette réflexion comme une de celles qui pourraient lui revenir pendant les veilles de ses nuits. Mais je vous dis adieu pour le moment.

Ils n’en vinrent pas moins quotidiennement à Stone-Court, où ils restaient assis à leur poste, entretenant parfois à voix basse de ces dialogues traînants où la remarque et la réponse alternent à longs intervalles. Mais leur temps de garde dans le salon s’animait quelquefois par la présence de nouveaux hôtes. Maintenant que Pierre Featherstone était confiné dans sa chambre, on pouvait discuter de ses biens avec