Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/394

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monde soit sur pied, ou permettez-moi d’appeler Simmons, pour qu’il aille chercher le notaire. En moins de deux heures il peut être ici.

— Le notaire ! qu’ai-je à faire du notaire ?… Personne ne saura rien, vous dis-je. Je ferai comme il me plaît.

Mary n’aimait pas à se trouver ainsi seule avec le vieillard qui faisait preuve encore d’une si étrange énergie nerveuse et qui parlait avec force et avec suite sans retomber dans ses accès de toux ordinaires ; elle trouvait cependant pénible de persévérer dans une contradiction qui l’agitait inutilement.

— Permettez-moi, je vous en prie, d’appeler quelqu’un.

— Laissez-moi en paix, vous dis-je. Voyez, missy. Prenez l’argent. Vous ne retrouverez plus jamais cette occasion-là. Il y a bien près de deux cents livres ; il y a plus encore dans la boîte, et personne ne sait combien. Prenez et faites ce que je vous dis.

Mary, debout près du feu, voyait sa lumière rouge tomber sur le vieillard soutenu par ses oreillers, sa main osseuse lui tendant la clef, et l’argent étalé devant lui sur le couvrepieds. Elle n’oublia jamais le spectacle de cet homme obstiné jusqu’à son dernier moment à ne faire que sa volonté.

— C’est inutile, monsieur. Je ne le ferai pas. Reprenez tout cela. Je ne toucherai pas à votre argent. Demandez-moi toute autre chose, je vous obéirai ; mais je ne veux toucher ni à vos clefs ni à votre argent.

— Toute autre chose ! toute autre chose !… dit le vieux Featherstone, comme en proie un cauchemar, avec une colère rauque qui faisait de vains efforts pour arriver à la violence. Je n’ai pas besoin d’autre chose. Venez ici, vous, venez ici, vous dis-je !

Mary se rapprocha avec prudence, car elle ne le connaissait que trop. Elle le vit, lâchant les clefs et cherchant à saisir sa canne, tout en lui lançant en dessous un regard