Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/405

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eût été absolument déplacé. Il lui était impossible de se rendre compte de l’aversion de son mari pour la présence de Will, aversion dont la scène de la bibliothèque avait imprimé en elle le souvenir pénible ; mais elle sentait l’inconvenance qu’il y aurait à en donner, par un mot, le moindre soupçon aux autres. M. Casaubon, non plus, n’avait pas songé sans doute à démêler ses motifs ; son irritation cherchait plutôt, comme chez nous tous, à se justifier qu’à s’analyser. Mais il tenait à en réprimer toutes les manifestations extérieures, et Dorothée, seule, put distinguer tout ce qui se passa sur le visage de son mari, avant que, s’inclinant avec plus de dignité encore que de coutume, il prononçât de sa voix la plus monotone :

— Vous êtes extrêmement hospitalier, mon cher monsieur, et je vous ai une grande obligation pour l’hospitalité que vous voulez bien exercer envers un parent à moi.

La cérémonie était finie, et le cimetière se vidait.

— À présent, vous pouvez le voir, mistress Cadwallader, dit Célia. Il ressemble d’une manière frappante à une miniature de la tante de M. Casaubon, qui se trouve dans le boudoir de Dorothée, tout à fait jolie.

— Un charmant rejeton, dit mistress Cadwallader sèchement. À quoi se destine votre neveu, monsieur Casaubon ?

— Pardonnez-moi, il n’est pas mon neveu. Il est mon cousin.

— Eh bien, vous savez, interrompit M. Brooke, il essaye ses ailes. Il a tout ce qu’il faut à un jeune homme pour s’élever dans le monde. Je serais heureux de lui en fournir l’occasion. Il ferait vraiment un bon secrétaire, comme Hobbes, Milton, Swift, ce genre d’homme-là.

— Je comprends, dit mistress Cadwallader : un homme qui sait composer des harangues.

Je vais vous le chercher, à présent, monsieur Casaubon, dit M. Brooke, il ne voulait pas venir avant que je