Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/467

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reprit sir James. J’espère qu’il ne se jettera pas dans les opinions extrêmes en y entraînant Broche après lui.

— Oh ! c’est un jeune rejeton dangereux que ce M. Ladislaw, dit mistress Cadwallader, avec ses airs d’opéra et sa langue déliée. Une espèce de héros byronien, un conspirateur amoureux, cela me frappe tout à fait, et Thomas d’Aquin ne l’aime guère. Je m’en suis bien aperçue le jour ou on a apporté le tableau.

— Je n’aime pas à entamer ce sujet avec Casaubon, dit sir James. Il aurait pour intervenir des droits que je n’ai pas. Mais c’est sous tous les rapports une désagréable affaire. Quel rôle pour un homme honorablement apparente ! Journaliste de bas étage ! vous n’avez qu’à regarder Keck, le rédacteur de la Trompette. Je l’ai vu l’autre jour avec Hawley ; sa prose ne manque pas de vigueur, je crois, mais c’est un individu si vulgaire, que j’aimerais mieux ne pas le voir dans notre parti.

— Que peut-on attendre de petites feuilles pareilles ? dit le recteur. Vous ne trouverez nulle part, je pense, un homme de quelque valeur qui consente à écrire des articles sur des intérêts dont au fond il ne se soucie pas le moins du monde, et cela moyennant un salaire qui suffit à peine à le faire vivre.

— Précisément ; et c’est pour cela qu’il est fort ennuyeux que Brooke ait mis là un homme plus ou moins parent de la famille. Pour ma part, je trouve Ladislaw bien bon d’accepter.

— C’est la faute d’Aquin, dit mistress Cadwallader. Pourquoi n’a-t-il pas employé son crédit à faire de Ladislaw un attaché d’ambassade ou à l’envoyer aux Indes ? C’est comme cela que les familles se débarrassent des rameaux incommodes.

— On ne sait pas jusqu’où ira le mal, dit sir James avec inquiétude. Mais si Casaubon ne bouge pas, que voulez-vous que je fasse ?