Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/483

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blancs nourris de reliefs insuffisants, errant sur le sol inégal et négligé de la cour comme en proie à la nostalgie, tout cet ensemble, sous la tranquille lumière d’un ciel marbré par de hauts nuages, eût fait un de ces tableaux devant lesquels nous nous arrêtons tous comme devant un « coin charmant », parce qu’ils font vibrer en nous des cordes sensibles, étrangères à l’état misérable de l’agriculture ou au manque affligeant de capital d’exploitation, dont les journaux de l’époque nous entretenaient constamment.

Mais ces considérations pénibles se présentèrent alors fortement à l’esprit de M. Brooke et lui gâtèrent le côté pittoresque du tableau ; M. Dagley faisait lui-même figure dans le paysage avec sa fourche et son chapeau de laitier qui n’était autre qu’un très vieux castor aplati par devant. Quoique ce fût jour de semaine, il avait mis son meilleur habit et ses meilleures culottes pour aller au marché, d’où il était revenu plus tard que de coutume, s’étant accordé la rare jouissance de dîner à la table d’hôte du Taureau Bleu et d’y absorber une grande quantité de bière commune suivie de copieux mélanges de grogs au rhum. Ces liqueurs ont en elles-mêmes une dose de vérité si puissante qu’elles ne furent pas encore assez fausses pour donner un air joyeux au pauvre Dagley ; elles ne firent que rendre son mécontentement plus loquace que de coutume. Il avait aussi absorbé un peu trop de conversations politiques de cabaret, stimulant fort troublant et préjudiciable à ses sentiments de fermier conservateur. Il était rouge, immobile avec sa fourche en main, et ses yeux avaient un regard décidé et querelleur, tandis que son propriétaire s’avançait vers lui de son allure nonchalante, une main dans la poche, de l’autre brandissant en l’air une petite canne de promenade.

— Dagley, mon brave homme… commença M. Brooke, sentant qu’il allait être très amical dans l’affaire du petit garçon.