Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/488

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— Oh ! laissez donc votre couture, Mary, dit Ben en la tirant par le bras. Faites-moi un paon avec cette mie de pain.

— Non, non, mauvais sujet ! dit Mary avec bonne humeur en lui piquant légèrement la main du bout de son aiguille. Essayez d’en faire un vous-même ; vous avez bien vu comme je m’y prends. Il faut que j’achève cet ouvrage ; c’est pour Rosemonde Vincy. Elle se marie dans huit jours et elle ne peut se marier sans ce mouchoir, conclut gaiement Mary, que cette idée amusait.

— Pourquoi ne peut-elle pas, Mary ? demanda Letty sérieusement intéressée par ce mystère.

— Parce que ce mouchoir complète la douzaine et que sans lui il n’y en aurait que onze, dit Mary lui donnant cette explication d’un air si grave que Letty se retira avec le sentiment d’avoir appris quelque chose.

— Avez-vous pris une résolution, chérie ? dit mistress Garth en déposant les lettres sur la table.

— J’irai à cette pension, à York, dit Mary. Je suis moins incapable d’enseigner dans une pension que dans une famille. Je préfère donner des leçons à toute une classe. Et il faut bien que j’entre dans renseignement, il n’y a pas autre chose à faire.

— L’enseignement me semble le plus délicieux travail du monde, repartit mistress Garth avec une nuance de blâme dans l’accent. Je comprendrais votre objection si vous n’étiez pas assez instruite, Mary, ou si vous n’aimiez pas les enfants.

— Je suppose que nous ne comprenons jamais tout à fait bien pourquoi les autres n’aiment pas ce que nous aimons, mère, dit Mary un peu sèchement. Je n’aime pas les salles d’étude, je préfère le monde extérieur ; c’est un défaut de ma nature qui est fort incommode.

— Cela doit être stupide, d’être toujours dans une pension de filles, remarqua Alfred.