Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/492

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ne soit pas entré dans les affaires, Suzanne. Je vais bientôt avoir besoin d’un aide, et il faut qu’Alfred aille en apprentissage chez cet ingénieur ; j’y suis décidé.

Il retomba pour un instant dans sa méditation et son éloquence de doigts, puis continua :

— Je ferai en sorte que Brooke ait de nouveaux accords avec ses tenanciers, j’établirai l’ordre de rotation des récoltes, et je parierais bien que nous pourrons trouver de bonne terre à briques près de chez Bott. J’examinerai cela. Les réparations en deviendraient moins coûteuses. C’est un beau travail, Suzanne ! Un homme qui n’aurait pas de famille serait heureux de le faire pour rien.

— Gardez-vous-en pourtant ! dit sa femme en le menaçant du doigt.

— Non, non. Mais c’est une belle œuvre pour un homme qui connaît son métier : avoir la chance de mettre un petit coin du pays en bon état, comme on dit, pousser nos cultivateurs dans la bonne voie, faire exécuter de bonnes constructions, des bâtisses solides, pour le plus grand bien des vivants et de ceux qui viendront après. Je préfère cette chance-là à une fortune. Je la tiens pour le travail le plus honorable qui existe.

Il se leva, et avec une nuance de respect dans la voix :

— C’est un grand don de Dieu, Suzanne.

— Oui certes, Caleb, dit sa femme avec une ferveur égale. Et ce sera une bénédiction plus tard pour vos enfants d’avoir eu un père qui ait accompli ce travail, un père dont l’œuvre bienfaisante restera, alors même que son nom serait oublié ! Elle ne pouvait plus, après cela, lui reparler d’appointements !

Dans la soirée, tandis que Caleb, un peu las de ses travaux du jour, était assis en silence, son portefeuille sur ses genoux, que mistress Garth et Mary travaillaient toutes deux à leur couture et que Letty faisait dans un petit coin un dia-