Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/494

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comme mes neveux et nièces. Mais c’est un cas sur lequel il est difficile de se prononcer. Enfin il m’a prié de venir vous dire qu’il allait partir et qu’il était si malheureux de sa dette envers vous et de son impossibilité de l’acquitter qu’il n’avait pas même le courage de venir vous dire adieu.

— Dites-lui que cela n’a pas l’importance d’un centime, répondit Caleb en agitant la main. Nous avons reçu le coup et maintenant nous l’avons derrière nous. Et je vais être à présent riche comme un juif.

— Ce qui veut dire, expliqua mistress Garth en souriant au vicaire, que nous aurons de quoi bien élever nos garçons et garder Mary à la maison.

— Et quel est le trésor ? demanda M. Farebrother.

— Je vais être administrateur des deux domaines de Freshitt et de Tipton, et peut-être encore d’un bon petit bout de terrain du côté de Lowick. Tout cela appartient à la même famille et le travail afflue comme l’eau à la rivière, une fois qu’il est en train. Cela me rend très heureux, monsieur Farebrother… Cela me rend très heureux, d’avoir trouvé une occasion de remanier les fermages et d’exécuter certains plans d’améliorations. Il n’y a rien qui fasse autant de mal, je l’ai souvent dit à Suzanne, quand on se promène à cheval, que de voir par-dessus les haies tant de choses qui ne sont pas comme elles devraient être, et de ne pouvoir y mettre la main, pour y remédier. Je ne peux m’imaginer ce que font les gens qui entrent dans la politique : cela me rend presque fou, moi, de voir une mauvaise gestion, quand ce ne serait que sur une centaine d’acres.

Il était rare que Caleb fît volontairement un aussi long discours ; mais le bonheur faisait sur lui l’effet d’un air de montagne ; il avait les yeux brillants et les mots lui venaient sans effort.

— Je vous félicite de tout mon cœur, dit le vicaire, ce