Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/509

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course dans la campagne, avait l’air aussi désorienté au milieu de ce calme et des travaux des champs que l’eût été un babouin échappé d’une ménagerie. Mais il n’y avait là personne pour s’étonner de son passage, si ce n’est les veaux depuis longtemps séparés de leurs mères, personne pour témoigner la répugnance qu’inspirait sa présence, si ce n’est les petits rats d’eau qui fuyaient à son approche.

Le morceau de papier avec lequel Raffles avait assujetti sa gourde était une lettre signée Nicolas Bulstrode. Mais tout en recourant fréquemment à son contenu, il n’était guère probable qu’il le dérangeât de son nouvel et si utile emploi.



CHAPITRE IX


L’une des premières visites de Lydgate, au retour de son voyage de noces, fut pour Lowick-Manor, où une lettre de Dorothée l’avait prié de se rendre.

M. Casaubon n’avait jamais fait de question sur la nature de son mal ; il n’avait même jamais témoigné à Dorothée aucune inquiétude sur le danger qu’il courait, de voir ses travaux interrompus brusquement avec sa vie. Sur ce point, comme sur tous les autres, il fuyait la pitié, et s’il lui était amer de soupçonner qu’on pût le plaindre, malgré lui, de quelque chose de fâcheux dans sa destinée, l’idée de s’attirer des marques de compassion, par l’aveu sincère de son alarme ou de son chagrin, lui était plus insupportable encore. Mais sa santé et sa vie même étaient devenues pour M. Casaubon l’objet principal de ses préoccupations ; son silence était hanté d’une angoisse plus cruelle même que la pensée de l’œuvre inachevée et des déceptions du savant à l’automne de sa