Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/518

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


m’exposer exactement vos conclusions. Je vous le demande comme un service d’ami. Si vous pouvez me dire que ma vie n’est pas menacée par autre chose que par les hasards ordinaires, je m’en réjouirai pour les raisons que je vous ai déjà indiquées. Sinon, la connaissance de la vérité est pour moi plus importante encore.

— Je ne puis donc pas hésiter plus longtemps sur le parti que je dois prendre, dit Lydgate. Mais ce dont vous devez être convaincu avant tout, c’est que mes conclusions sont doublement incertaines, — incertaines, non seulement à cause de ma faillibilité, mais parce qu’il est éminemment difficile de fonder des prévisions sur les maladies du cœur. On ne saurait, dans tous les cas, assez appuyer sur l’incertitude terrible de la vie.

M. Casaubon eut un léger tressaillement.

— Vous souffrez, je crois, de ce qu’on appelle une hypertrophie du cœur, maladie qui a été reconnue et étudiée il n’y a pas bien longtemps par Laënnec, l’homme qui nous a donné le stéthoscope. C’est un sujet sur lequel nous manquons encore beaucoup d’expérience et d’observations approfondies. Mais, après ce que vous m’avez dit, mon devoir est de vous prévenir que la mort est souvent soudaine dans ces maladies, sans que toutefois on puisse leur assigner un terme bien précis. Votre état de santé me paraît compatible avec une vie fort supportable pendant une quinzaine d’années encore ou même davantage. Je ne pourrais ajouter à cela nulle autre information que des détails anatomiques et médicaux qui laisseraient votre incertitude exactement au même point.

Lydgate avait assez de tact pour comprendre qu’un langage sincère, exempt de précautions oratoires, serait regardé par M. Casaubon comme une preuve de respect.

— Je vous remercie, monsieur Lydgate, dit-il après un moment de silence. J’ai encore une chose à vous demander.