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Page:Emile Zola - L’Œuvre.djvu/28

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LES ROUGON-MACQUART.

faisant la brave dans son dépit, emportant le regret inconscient des choses inconnues et terribles qui n’étaient pas arrivées.

— Vous dites, reprit-elle en redevenant grave, que la station de voitures est au bout du pont, sur l’autre quai ?

— Oui, à l’endroit où il y a un bouquet d’arbres.

Elle avait achevé de nouer ses brides, elle était prête, gantée, les mains ballantes, et elle ne partait pas, regardant devant elle. Ses yeux ayant rencontré la grande toile tournée contre le mur, elle eut envie de demander à la voir, puis elle n’osa pas. Rien ne la retenait plus, elle avait pourtant l’air de chercher encore, comme si elle avait eu la sensation de laisser là quelque chose, une chose qu’elle n’aurait pu nommer. Enfin, elle se dirigea vers la porte.

Claude l’ouvrit, et un petit pain, posé debout, tomba dans l’atelier.

— Vous voyez, dit-il, vous auriez dû déjeuner avec moi. C’est ma concierge qui me monte ça tous les matins.

Elle refusa de nouveau d’un signe de tête. Sur le palier, elle se retourna, se tint un instant immobile. Son gai sourire était revenu, elle tendit la main la première.

— Merci, merci bien.

Il avait pris la petite main gantée dans sa main large, tachée de pastel. Toutes deux demeurèrent ainsi quelques secondes, serrées étroitement, se secouant en bonne amitié. La jeune fille lui souriait toujours, il avait sur les lèvres une question ! « Quand vous reverrai-je ? » Mais une honte l’empêcha de parler. Alors, après avoir attendu, elle dégagea sa main.