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Page:Emile Zola - L’Œuvre.djvu/426

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LES ROUGON-MACQUART.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! le voilà qui va prendre froid, dans cette herbe ! Et moi qui ne puis bouger !… Gaston, mon mimi ! Tous les jours, c’est la même chose : tu attends que je sois occupé avec ta sœur… Sandoz, recouvre-le, de grâce !… Ah ! merci, rabats encore la couverture, n’aie pas peur !

C’était ça que son beau mariage avait fait de la chair de sa chair, c’étaient ces deux êtres inachevés, vacillants, que le moindre souffle du ciel menaçait de tuer comme des mouches. De la fortune épousée, il ne lui restait que ça, le continuel chagrin de voir son sang se gâter et s’endolorir, dans ce fils, dans cette fille lamentables, qui allaient pourrir sa race, tombée à la déchéance dernière de la scrofule et de la phtisie. Et, chez ce gros garçon égoïste, un père s’était révélé, admirable, un cœur enflammé d’une passion unique. Il n’avait plus que la volonté de faire vivre ses enfants, il luttait heure par heure, les sauvait chaque matin, avec l’effroi de les perdre chaque soir. Maintenant, eux seuls existaient, au milieu de son existence finie, dans l’amertume des reproches insultants de son beau-père, des jours maussades et des nuits glacées que lui apportait sa triste femme ; et il s’acharnait, il achevait de les mettre au monde, par un continuel miracle de tendresse.

— Là, mon mimi, c’est assez, n’est-ce pas ? Tu verras comme tu deviendras grande et belle !

Il replaça Alice dans la voiture, il prit Gaston, toujours enveloppé, sur l’un de ses bras ; et, comme ses amis voulaient l’aider, il refusa, il se mit à pousser la petite fille de sa main restée libre.

— Merci, j’ai l’habitude. Ah ! les pauvres mignons, ils ne sont pas lourds… Et puis, avec les domestiques, on n’est jamais sûr.