Page:Emile Zola - Pot-Bouille.djvu/319

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pu payer le chapeau ; et, comme elle s’était oubliée, dans son contentement, jusqu’à donner son nom, on venait de lui envoyer une facture. Alors, tremblant qu’on ne se présentât le lendemain devant son mari, elle avait osé monter, encouragée par le grand silence de la maison, et certaine que Rachel dormait.

— Demain matin, n’est-ce pas ? supplia-t-elle, en voulant s’échapper, il faut payer demain matin.

Mais il l’avait reprise entre ses bras.

— Reste !

Mal éveillé, frissonnant, il balbutiait à son cou, il l’attirait dans la tiédeur du lit. Elle, déshabillée, avait simplement gardé un jupon et une camisole ; et il la sentait comme nue, ses cheveux déjà noués pour la nuit, ses épaules encore tièdes du peignoir dont elle sortait.

— Bien vrai, je te renverrai au bout d’une heure… Reste !

Elle resta. La pendule, lentement, sonnait les heures, dans la volupté chaude de la chambre ; et, à chaque tintement du timbre, il la retenait avec des supplications si tendres, qu’elle en demeurait brisée, sans force. Puis, vers quatre heures, comme elle allait enfin redescendre, ils s’endormirent aux bras l’un de l’autre, profondément. Quand ils ouvrirent les yeux, le plein jour entrait par la fenêtre, il était neuf heures. Berthe poussa un cri.

— Mon Dieu ! je suis perdue !

Ce fut une minute de confusion. Elle avait sauté du lit, les yeux fermés de lassitude et de sommeil, les mains tâtonnantes, ne voyant rien, s’habillant de travers, avec des exclamations étouffées. Lui, pris d’un égal désespoir, s’était jeté devant la porte, pour l’empêcher de sortir ainsi vêtue, à une pareille heure. Devenait-elle folle ? du monde la rencontrerait dans