Page:Encyclopédie méthodique - Beaux-Arts, T01.djvu/650

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M I N langue pour le désigner, ce qui prouve invinciblement qu’il ne leur appartenoit pas : on n’est obligé d’employer des mots étrangers que pour désigner une industrie étrangère, & chaque peuple a, dans sa langue, des noms pour faire connoître les arts dont il est l’inventeur. Le Dante, dans son enfer, adressant la parole à un miniaturiste italien, est obligé d’employer une périphrase pour indiquer sa profession, & de dire que son art est celui que les Parisiens nomment enluminure ; c’étoit le nom qu’on donnoit alors en France à la miniature, & le Dante qui avoit vécu à Paris, ne pouvoit manquer d’en être bien informé. Il est donc très-vraisemblable que les Italiens, qui ont appris des Grec l’art de peindre à fresque & en mosaïque, ont reçu des François l’art de peindre en miniature.

Aussi voit-on nos plus vieux manuscrits enrichis de miniatures qui, par l’éclat de leurs couleurs, effacent ce qui a été fait dans le même genre depuis le quinzième siècle. Ces ouvrages sont ordinairement relevés de dorure. Le dessin en est gothique, ainsi que les ajustemens ; on voit que les auteurs de ces peintures ne savoient ni dessiner le nud, ni jetter artistement des draperies ; mais on y trouve des têtes qui ont un commencement de caractère & de vérité, & l’on peut croire que, du moins pour cette partie, ces artistes, ou si l’on veut ces ouvriers, consultoient quelquefois la nature. Félibien témoigne avoir vu un manuscrit françois, en vélin, que le caractère d’écriture & le style devoient faire rapporter au douzième siècle, & qui étoit orné d’un grand nombre de figures à la plume dont le dessin n’étoit pas inférieur à celui des peintres de l’Italie au temps de Cimabué.

Les curieux trouveront amplement, à la Bibliothèque du Roi, de quoi confirmer le jugement de Félibien ; ils verront que nos anciens miniaturistes ne peuvent être surpassés quant à la finesse du pinceau, qualité qui n’est pas méprisable dans ce genre.

Comme leur emploi étoit d’orner les livres, l’université les prit sous sa protection, & les mit au nombre de ses suppôts, faveur qui n’étoit pas alors à dédaigner, par tous les privilèges qui l’accompagnoient.

La comparaison de nos vieux manuscrits, avec ceux que les autres nations chargeoient, dans le même temps, d’ornemens semblables, dépose en faveur de notre supériorité, & nous assure une gloire, dont en effet l’objet n’est pas considérable, mais qui vaut bien celle de plusieurs artistes Italiens des mêmes siècles, que l’Italien Vasari n’a pas cru indignes de ses éloges.

En suivant les différens âges de nos miniaturistes, on les voit faire des progrès à mesure


que les ténèbres de l’ignorance se dissipent, & ces progrès deviennent plus sensibles sous le règne de Charles V, qui protégeoit les lettres & les arts encore au berceau. Le duc de Berry, frère de ce prince, les favorisoit, & recherchoit les manuscrits qu’ils ornèrent de leurs travaux. Ils ne paroissent pas même avoir déchu sous le règne malheureux de Charles VI. On peut voir, à la bibliothèque du Roi, le manuscrit de Salmon qui fut vraisemblablement présenté par l’auteur à ce monarque infortuné. Il est orné de miniatures très-soignées. Les têtes du Roi, du duc de Bourgogne, &c. paroissent être des portraits, & ce sont les seuls qui nous restent de ces princes. Ce manuscrit a appartenu à M. le duc de la Valière.

On peint en miniature sur ivoire & sur vélin. Dans l’un & l’autre genre le travail doit être savamment épargné, & l’artiste doit laisser travailler le vélin où l’ivoire qui lui sert de fond. Comme ce genre tend par lui-même à une certaine froideur, il faut bien se garder de le finir d’une manière léchée ; des touches vives, justes & spirituelles doivent reveiller & animer les travaux. Ce genre est susceptible de tout ce qu’on appelle esprit dans l’art de dessiner & de peindre, ou plutôt il ne peut vivre que par l’esprit. Voyez ce mot. Nous parlerons des procedés particuliers à la miniature, dans le dictionaire de la pratique des arts. (Article de M. Levesque.)].

MINUTIEUX, (adj.). Se dit d’un artiste qui entre dans les plus petits détails de la nature. Quoique cette expression se prenne presque toujours en mauvaise part, il y a cependant des esprits qui sont partisans de l’excès des détails, & qui regardent le minutieux comme le degré de vérité le plus exquis. Il faut convenir qu’il y a des genres qui admettent les minuties, d’autres où elles ne sont pas supportables.

Sous quelqu’acception que l’on prenne le mot minutieux, il ne peut se rapporter qu’à l’exécution ; fort différent en cela de l’adjectif mesquin, qui n’est guère applicable qu’au style. Aussi voit on des statues & des tableaux dont le caractère de dessin est mesquin, & qui, loin d’être minutieux, n’ont pas même le degré de détails nécessaires aux vérités les plus communes. D’un autre côté, il est rare qu’un artiste minutieux air une manière grande & large ; mais il peut n’être pas mesquin, défaut, qui suppose une petitesse de formes, une sécheresse de goût, qui peut fort bien se manifester sans aucuns détails.

Mais sans s’appésantir sur la différence de ces deux expressions, différence qu’on aura déjà suffisamment sentie ; revenons au minutieux, & examinons d’abord, s’il doit être jamais