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426 VRA VUE


les moyens d’y atteindre, qu’on sentira le vuide de cette question ridicule : doit-on, pour faire des progres dans l’art, copier la nature telle qu’elle se présente, ou corriger ses imperfections en l’étudiant ? nous répondrons en un mot, que pour la rendre dans ses ouvrages avec choix & variété, il faut apprendre à l’imiter avec toutes ses différences.

C’est par cette fimple méthode que s’annulera la recherche de ces distinctions métaphysiques & pueriles du vrai simple, du vrai composé & du vrai idéal, si laboriesement discucutées par de Piles.

Il n’est qu’une manière d’être vrai pour les yeux, dans l’art du statuaire & dans celui du peintre ; c’est d’être vrai pour l’esprit ; & comme nous l’avons dit, & ce à quoi se résument toutes nos réflexions, on y parvient en n’offrant le savoir que sous l’empreinte du jugement, du goût & du génie. (Article de M. Robin.)

VUE (subst. fem.) On appelle vue le portrait d’un site qu’on a fait d’après la nature. On dit dessiner des vues, peindre des vues, saisir une vue.

Ce terme, comme on le voit, est de la dépendance du paysage, & j’ai parlé déja du sujet de cet article dans celui qui a été consacré au paysage.

Le genre des vues s’étend à une infinité d’objets particuliers. Une marine, une chaumière, un terrein singulier, des roches, tout cela (lorsque l’étude en est faite sur la nature) s’appelle des vues.

Une des occupations les plus amusantes qu’occasionne la pratique de l’art dont je traite, est celle de dessiner ou de peindre des vues ; c’est pour les grands artistes un délassemnet, parce qu’ils les saisissent avec une facilité qui leur est agréable, & qui fait jouir ceux qui les voyent opérer de l’exercice de leur talent, & parce que cet exercice qu’ils en font leur donne occasion de remarquer & de sentir une infinité : d’objets, de détails, de vérités qui ne s’offrent jamais à eux sans leur procurer des sensations intéressantes.

Pour les jeunes élèves, dessiner des vues est un amusement quelquefois trop attrayant par l’espèce de facilité qu’ils y trouvent & les libertés qu’ils se croyent autorisés à prendre. Dans les pays riches en vues pittoresques, le artistes se livrent au plaisir de dessiner les sites heureux avec une espèce d’enthousiasme, qui peut les détourner des études plus essentielles auxquelles ils doivent consacrer des momens précieux & courts ; mais pour les simples amateurs qui s’occupent à exercer l’art du dessin,


saisir passablement un site est une ressource contre le désœuvrement, qui peut flatter leur amourpropre, par quelques succès, qui leur sont généralement interdits dans les genres plus difficiles. Bien dessiner la figure d’après la nature est un de ces pas que peu d’amateurs ont le temps ou le courage de franchir. C’est le fruit d’une étude assidue de la bosse, étude souvent rebutante & toujours difficile : dessiner, composer & peindre avec l’inspiration du génie, ou tout au moins avec le secours d’un véritable talent, sont des progrès qu’il est extrêmement rare de voir faire à ceux qui ne se consacrent pas entièrement à la peinture, & qui sont difficiles même à obtenir par les artistes qui n’ont pas d’autre occupation ni trop souvent d’autre ressource.

Mais lorsque ceux qu’un goût naturel & vrai entraîne à s’amuser de la peinture, ne pouvant s’y dévouer exclusivement, se trouvent doués de quelques dispositions, ils peuvent parvenir, en les cultivant avec fuite, à dessiner & même à peindre, dans les momens de loisir, ce que la nature compose sans cesse autour d’eux, pour leur donner l’envie de l’imiter ; alors dans les campagnes, près des villages, dans une ferme, cette douce occupation, en leur faisant passer délicieusement des momens qui souvent seroient vuides, les conduit à observer & les effets de la lumière & des détails même qui peuvent souvent inspirer leur bienfaisance & les rapprocher de la véritable : humanité, en les fixant à la véritable nature.

Il est dans les arts, & dans quelques sciences, des plaisirs & des utilités qui ne sont guère connus que de ceux qui les ont éprouvés.

L’exercice des sciences profondes a des avantages incontestables pour la société ; il en a même pour ceux qui les exercent par l’attrait qu’elles leur présentent & l’occupation à laquelle elles les fixent ; mais on ne peut guère nier qu’elles ne tendent à isoler d’autant plus, qu’on s’y applique plus exclusivement. La pratique des beaux-arts, qui ont tous pour but l’imitation des hommes & des choses, en obligeant ceux qui les exercent à tout voir, à tout observer, doit naturellement les rendre plus sociables &, si on l’osoit dire, plus humains.

Au reste, nous sommes peu maîtres de nos penchans : l’art de les diriger, c’est-à dire, d’en tirer avantage pour les autres & pour nous, quoique dépendant de nous-mêmes. suppose encore plus de bonheur & de réflexions qu’on ne pense.

On trouvera au mot paysage quelques détails relatifs au sujet de cet article, & je ne dois pas les répéter. (Article de M. Watelet.)

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