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V

VERD. (adj. pris substantivement.) Les différentes couleurs vertes qu’on peut employer en peinture, excepté celles que l’on peut former par le mêlange du jaune & du bleu, ont pour base le cuivre.

Parmi les verds que fournit le cuivre, il en est un que l’on doit à l’acide végéal al qui a dissous ce métal, & avec lequel il forme un sel connu sous le nom de verdet ; les autres sont du cuivre pénétré par une matière grasse, & souvent mêlé avec d’autres terres, comme nous l’établirons en parlant de la malachite, du bleu & du verd de montagne, & de la terre de verone.

VERDET ou VERD-DE-GRIS. C’est le nom que l’on donne au cuivre dissous par le vinaigre. On le prépare, sur-tout en Languedoc, de la manière suivante : On humecte des grappes de raisins sechées avec du vin aigri ; on les met dans des vaisseaux de terre, pour qu’ils fassent une fermentation douce & lente pendant neuf ou dix jours ; on les écrâse ensuite dans les mains ; on en forme de petites boules que l’on met dans un vaisseau de terre ; on y verse assez de vin aigri pour que les boules y trempent à moitié. On couvre le vaisseau, & on laisse les boules en macération pendant douze ou quinze heures, ayant soin cependant de les remuer de quatre en quatre heures. On retire ces boules, un les arrange sur des bâtons quarrés, à la hauteur d’un pouce au-dessus du vin, & on les y laisse pendant dix à douze jours. Au bout de ce temps, on écrâse les boules entre les mains, on les met dans le même vaisseau dont on a parlé, en les arrangeant lits par lits, alternativement avec des lames de cuivre. Le premier lit est de cuivre, le lit suivant est de grappes de raisins, & ce sont aussi de ces grappes qui forment le dernier lit ; ensorte que les grappes occupent toujours le dessus de chaque lit. On bouche le vaisseau, & on le laisse en cet état pendant six ou sept jours. On retire alors les lames de cuivre ; elles sont couvertes de rouille ; on les pose les unes sur les autres, & on les humecte par les côtés avec du vin. On les tient enveloppées pendant quelque temps dans des linges qui ont été trempés dans le vin. Enfin on racle la rouille ou le verd-de-gris qui s’est formé sur les lames.

On met ce verd-de-gris dans des vessies ou dans des tonneaux ; il s’y dessèche, & forme des masses plus ou moins considérables. Réduit en poudre, il peut être employé dans la peinture.


Mais comme il arrive qu’il s’y rencontre de la terre fournie par les grappes de raisin qui s’y sont détruites en partie, & qu’il s’y trouve aussi différens corps étrangers, on a recours à la préparation suivante, pour le détacher de ces impuretés. On fait dissoudre dans du vinaigre blanc le verdet ; ensuite on filtre la dissolution, on la rapproche, par l’evaporation dans des vaisseaux. Elle fournit, par le refroidissement de beaux crystaux verdâtres, grouppés ensemble, & connus dans le commerce sous le nom de verdet distillé.

Ces crystaux de verdet ne diffèrent du verd-de-gris qu’en ce qu’ils contiennent une plus grande quantité d’eau, à laquelle ils doivent, & leur forme & leur belle couleur. Quand ils perdent l’eau de la crystallisation, & qu’ils son réduits en poudre, leur intensité diminue. Il est important d’avertir, & les artistes ne doivent pas oublier que ce verdet crystallisé étant employé dans la peinture à l’huile, est sujet à causer différentes altérations dans le tableau : l’eau de la crystallisation de ce sel n’étant point évaporée, s’échappe à l’aide du temps, & peut faire boursoufler l’enduit huileux. Il faut savoir aussi que les bleus fournis par le cuivre étant employés avec l’huiles, ne peuvent manquer de verdir.

Malachite. Le verd-de-gris ne doit sa couleur verte qu’à une portion de malachite qui le rencontre dans ce sel ; elle est produite par la matière grasse que cet acide contient.

Si la malachite n’étoit pas si rare, elle fourniroit un des plus beaux verds que l’on connoisse. Cette couleur est toute préparée par la nature, & l’on peut en produire d’artificielle, comme je l’ai démontré dans un mémoire que j’ai lu à l’Académie des Sciences.

La malachite est formée par une matière grasse & du cuivre. On en rencontre dans les différens pays où il y a des mines de ce métal. Les plus belles nous viennent de Sibérie ; elles se trouvent d’ordinaire dans les cavités des mines de cuivre, en morceaux protubérancés plus ou moins grands, plus ou moins compactes ; elles prennent accroissement comme les stalactatites & les stalagmites ; on s’en apperçoit facilement lorsqu’on les examine. La malachite tire son nom de sa couleur, qui ressemble à celle de la mauve, en grec μαλαχη. On en a long-temps distingué de quatre espèces : l’une verts & de