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Véronese, & quelquefois aussi appellé l’Orbetto, parce que né dans la misère, il fut réduit dans son enfance à conduire un aveugle, naquit à Vérone en 1600. Il appartient à l’école Vénitienne. Il prit d’abord pour modèle le Correge, tâcha d’imiter le Guide pour les têtes, & alla ensuite étudier à Rome des maîtres plus sévères, cherchant à associer leurs grands principes aux charmes des peintres Vénitiens & Lombards. Il étoit exact à consulter la nature ; mais on assure qu’il ne faisoit aucune esquisse de ses compositions, & qu’il plaçoit les figures les unes à côté des autres à mesure qu’il avançoit. Petit-être avoit-il la faculté de concevoir dans son esprit toute l’ordonnance de sa machine, & de la fixer dans sa mémoire comme s’il l’eût tracée sur le papier. Il a fait de grandes compositions & un plus grand nombre de tableaux de chevalet. Quelquefois au lieu de toile ou de cuivre, il employoit le marbre & l’agathe pour servir de fonds à de petits tableaux qu’il finissoit avec amour.

Il terminoit ses ouvrages avec le plus grand soin ; sa couleur est belle, douce & très fondue, quelquefois un peu grise. Son pinceau est moëlleux, mais les linges & les draperies tombent quelquefois dans la mollesse. Il tient de l’école des Carraches. Ses têtes de femmes sont agréables & ont de l’expression ; souvent celles d’hommes n’ont pas assez de caractère : en quoi il semble tenir du Guide qu’il s’étoit plu à étudier. Sa composition est un peu froide, & il a peu d’esprit dans la touche. Capable de dessiner correctement, il a fait de très belles figures, quoiqu’il boit quelquefois tombé dans de grandes incorrections. Il est mort à Rome en 1670, à l’âge de soixante & dix ans.

Il y a au cabinet du roi deux tableaux de ce maître : un déluge d’un beau fini, vigoureux de couleur & correct de dessin : un mariage de Sainte Catherine, d’une belle harmonie, & dont les têtes sont d’une grande beauté.

Le premier a été gravé par G. Edelinck ; le second, par J. Scotin.


(127) Le Valentin, de l’école Françoise, né à Colomiers en Brie en 1600, fréquenta quelque temps l’école du Vouet ; mais comme il la quitta pour aller à Rome avant d’être fort avancé, & qu’il ne fortit plus de cette ville, on pourroit le compter entre les artistes de l’école Romaine. Il eut l’honneur d’être choisi pour peindre un des tableaux de la basilique de Saint Pierre, & cet ouvrage est son chef-d’œuvre. Il représente le martyre de Saint Processe & de Saint Martinien.

Il étoit ami du Poussin & l’admiroit ; mais son goût l’entraînoit vers l’imitation du Caravage.


Comme ce peintre, il aimoit à tenir les ombres très vigoureuses ; comme lui il étoit fidele à consulter la nature, mais malheureux dans le choix ; comme lui, il fut souvent incorrect de dessin, & jamais élégant. I1 savoit passer artistement, par des teintes légères & transparentes, de la plus vive lumière aux ombres les plus fortes. Si ses figures n’étoient point belles, elles étoient souvent bien disposées. « Vous aimerez dans le Valentin, dit M. Cochin, une vigueur de couleur, une saillie, & un arrondissement dans les objets, causés par des demi-teintes très colorées, des vérités de détail fierement rendues ; mais vous y verrez presque par-tout la nature la plus ignoble, & souvent dans les sujets qui demandoient le plus de noblesse. » Mais il paroît qu’il sentoit lui-même que ces sujets ne lui convenoient pas ; il semble dumoins ne les avoir pas traités de préférence, & s’être plu à représenter des Bohémiens, des concerts, des soldats jouant & buvant dans des corps-de-garde. Ses compositions sont ordinairement de demi-figures. On peut croire que s’il avoit vécu plus long-temps, il auroit, comme d’autres peintres, adouci sa manière. Il se seroit apperçu que la nature n’est pas noire. Mais étant fort échauffé, il se baigna dans une fontaine, gagna une pleurésie, & mourut à Rome en 1632, à l’âge de trente-deux ans.

Entre les tableaux de ce peintre qui sont au cabinet du roi, on distingue le denier de César, gravé par Etienne Baudet.

Jardinier a gravé d’après ce peintre deux soldats jouant aux cartes.


(128) Claude Gelée, dit Claude Lorrain, né au château de Chamagne en Lorraine en 1600, appartient véritablement à l’école Romaine, puisque c’est à Rome qu’il a reçu les premiers principes de son art & qu’il a passé sa vie. Ses parens, qui étoient pauvres, le mirent en apprentissage chez un pâtissier : il sortit de son pays avec quelques gens de sa condition, alla à Rome, & entra au service d’Augustin Tassi, paysagiste, élève de Paul Bril. Il pansoit le cheval de son maître, broyoit les couleurs & faisoit sa cousine ; il fit plus encore ; il y prit des leçons de l’art de peindre. Ses commencemens furent difficiles ; il étoit lourd, & n’avoit reçu de la nature qu’une intelligence commune : ses progrès surent lents. Mais quand il eut reçu quelqu’argent de son travail, l’envie de sortir de la misère lui donna de l’émulation, & il prouva que l’homme qui a une forte volonté de réussir, peut vaincre même les obstacles que lui oppose son naturel. Ce n’est pas qu’il n’existe une limite que chaque homme ne peut franchir, & qu’il ne faille étudier ses forces. Par exemple, si Claude


Beaux-Arts. Tome II. K