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DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

Ainsi se vêt encore la moitié du genre humain : ainsi les Chinois font des toiles & des étoffes de la secondé écorce du Ko[1]; des nattes, leurs voiles, manœuvres & cables, de Rotins ou Rotans liés en faisceaux & non battus, seulement tordus, comme sont les leurs & de la même matière, les habitans des Philippines, dont le peuple & les gens de mer se font des chemises & des vêtemens de la toile d’un tissu rude & de couleur brune, de fibres de cocotiers, ourdis par la nature, attachés, dit M. Pagès, au corps de l’arbre entre les branches[2]. Ces Insulaires employent aux mêmes usages les feuilles de Nipe[3], les fibres Abaca[4], celle de Cabo Negro[5], de l’arbre Plantin[6], &c.

Aux îles Larrons, comme aux Philippines, on employe de la filasse qui se trouve sous la première cosse du coco ; on la bat, elle l’adoucit comme des étoupes, on en fait de bonnes cordes pour des cables qu’on nomme cables coires ; on en fabrique aussi une toile grossière qui peut servir à faire des voiles. Dans la mer du sud, les Espagnols employent cette filasse battue pour calfater leurs vaisseaux, & ils trouvent qu’elle ne se pourrit pas.

A Madagascar on prépare la feuille du rafia[7], dont on fait des toiles

  1. Suivant Magalhains, Lecomte, Duhal de même & d’autres Voyageurs, les Chinois lèvent la seconde écorce du Ko après ravoir fait rouir comme le lin & le chanvre, & ils l’employent sans être battue ni filée, à faire une étoffe transparente, si légère qu’on croit n’avoir rien sur le dos. Cette étoffe, ajoute Lecomte, qui se nomme Ko-pu, & dont on fait le plus grand cas à la Chine, ne le trouve dans aucun pays. La plante ou arbuste rampant, nommé Ko, répandu dans toutes les campagnes, croit dans la province de Fo Kyen.
  2. Ces toiles formées de plusieurs couchés, ont un tissu très-fin.
  3. M. Sonnerat ne connoit point dans l’Inde de plante qui porte le nom de Nipe, que M. Pagès, nous dit être si commune aux Philippines, que les bois en font remplis ainsi que de Routans, & dont on fait le plus grand usage en vêtemens.
    M. Sonnerat conjecture que c’est une espèce de Banannier qui n’est pas décrit par Linnée, de laquelle en effet on fabrique des toiles avec les feuilles après les avoir fait rouir & préparer comme le chanvre : ce voyageur a rapporté de l’Inde une toile de la feuille ainsi préparée du bannanier en question ; elle est aussi supérieure en beauté aux toiles ordinaires de chanvre, qu’une étoffe de soie est supérieure à une étoffe de coton.
    Mais M. Pagès, après nous avoir dit qu’à Manille on fait des voiles de navires avec des feuilles de nipe grossièrement cousues, & des chapeaux d’environ trois pieds de diamètre des feuilles de la même plante arrangées par la racine autour d’un cerceau, & qui se rejoignent par la pointe au centre, chapeaux dont la coupe est formée d’une large bande de routan ; parle d’une forte de figuier bannanier, dont les écorces roulées, qui forment le pied, sont composées de fibres qui s’en séparent aisément lorsqu’on les fait macérer : on les ajoute les unes aux autres, & l’on en fait une toile très-fine, peu souple d’abord, mais qui le devient lorsqu’elle est apprêtée avec de la chaux.
    Il est probable que cette sorte de figuier bannanier est le même que celui que Linnée n’a point décrit, celui dont M. Sonnerat a rapporté une toile, & qu’il doit être distingué du nipe de M. Pagès, dont rien d’ailleurs ne met sur la voie de connoitre la nature.
  4. Dans le pays, on appelle de ce nom les fibres préparées du figuier bannanier dont on vient de parler : on emploie ces flores dans beaucoup de fortes de toileries & en cordages. On y voit des étoffes mélangées d’abaca, de soie & de coton : on en brode ; on en fait de la dentelle, &c.
  5. Fibres noires du nom de l’arbre qui les porte, & qui s’emploient comme l’abaca.
  6. Les filamens de l’arbre plantin, dont on fait de la toile, se tirent du tronc même de l’arbre, après l’avoir fendu & fait sécher au soleil.
  7. Arbre dont la feuille macérée donne un fil qu’on teint, fait des toiles jolies & fraîches, auxquelles cependant on préfere la toile de coton que les Européens apportent, quoiqu’elle vaille moins intrinséquement, observe M. Pagès.