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poſſible, la magnificence du ſpectacle. Lorſqu’on a conſidéré attentivement les différentes circonſtances de cette expérience, & l’exacte reſſemblance qu’il y a entre elle & l’aurore boréale, qui eſt dans les cieux, on ne peut s’empêcher d’être entièrement perſuadé que l’aurore boréale eſt un phénomène électrique, ainſi que je l’ai expliqué ci-deſſus. Tous ceux qui ont vu cette expérience imitative que j’ai imaginée, il y a déjà pluſieurs années, en ſont entièrement convaincus. Pluſieurs ſavans diſtingués ont adopté l’explication que j’ai donnée de l’aurore boréale. Je pourrois citer ici un grand nombre de témoignages d’approbation, ſi je ne craignois de donner trop d’étendue à cet article ; je me bornerai à un ſeul.

En parlant de l’aurore boréale, M. Hervielle dit : « Je ne connois que M. l’abbé Bertholon qui ait traité cette matière avec l’étendue qu’elle mérite, dans ſon électricité des météores. La méthode de ce célèbre phyſicien me paroît mériter les plus grands éloges. Son explication renferme un très-grand nombre d’idées heureuſes, de principes clairs, vrais, & d’une application facile. Ses expériences imitatives ſont très-ingénieuſes & rempliſſent à merveille leur but. » Journal de phyſique, juin 1790, pag. 443.

AURUM MUSIVUM, or muſif, or de moſaïque. Cette préparation chimique a tiré ſon nom de ſa belle couleur d’or, & de l’emploi qu’on en a fait pour dorer, pour enluminer, pour peindre les verres & faire du papier doré. Depuis on l’a employé à la place de l’amalgame électrique pour donner plus de force à la machine électrique, & pour cet effet, on en frotte les couſſins. Comme il eſt à propos qu’un phyſicien ſache faire l’aurum muſivum, nous allons donner ici quelques procédés, en indiquant ceux qui ont paru les meilleurs.

Kunkel, dans le livre III de l’art de la verrerie, dit qu’on le compoſe en prenant parties égales d’étain, de vif argent, de ſoufre & de ſel ammoniac. On fait d’abord fondre l’étain ſur le feu, & après l’avoir retiré du feu, on y verſe le mercure ou vif argent, & on laiſſe refroidir ce mélange ; enſuite on fait fondre le ſoufre, on y mêle le ſel ammoniac bien pulveriſé ; on les laiſſe refroidir, & on les broye avec ſoin. Ces opérations faites, on mêle enſemble ces deux mixtes le plus exactement qu’il eſt poſſible, & on les réduit en poudre fine ; après on place le tout dans un fort matras, à long cou, qui ſera bien luté par le bas. On obſervera que le matras ait une aſſez grande capacité pour que les trois quarts demeurent vuides ; on bouchera l’ouverture avec un ſimple cornet de papier pour empêcher la fumée de ſortir ; on met enſuite le matras au feu de ſable, ou ſur les cendres chaudes ; on donne un feu doux qu’on augmente par degrés juſqu’à ce que le matras rougiſſe ; on ôte le bouchon, & s’il ne vient point de fumée, on laiſſe le tout trois ou quatre heures dans une chaleur égale, & vous obtiendrez un très-bel aurum muſivum.

Il y en a qui ont ſubſtitué au mercure du biſmuth.

Voici le procédé de M. le marquis de Bullion. On fait fondre l’étain dans un creuſet, on verſe deſſus le mercure qu’on a fait chauffer dans un autre creuſet ; on agite le mélange & on le verſe encore chaud dans un mortier de fer après l’avoir pulveriſé ; on y ajoute le ſel ammoniac pulvériſé ; on triture le mélange juſqu’à exacte combinaiſon ; on introduit ce mélange dans un matras à long col, de la capacité dont on a parlé ci-deſſus, & on bouche l’ouverture avec un tampon de papier ; après on place le matras dans un bain de ſable juſqu’au trois quarts de la hauteur de la boule du matras.

Il faut commencer à échauffer, par un feu gradué, qu’on augmentera juſqu’à faire rougir obſcurement le fond du bain de ſable, & on ſoutient le feu pendant trois heures. Une odeur de foie de ſoufre inſupportable ſe dégage au commencement de l’opération ; il ſe ſublime du ſoufre, du ſel ammoniac, du cinabre & un peu de ſublimé corroſif.

Les vaiſſeaux étant refroidis & le matras caſſé, ; il s’en exhale une odeur ſuffoquante d’acide ſulfureux, & l’aurum muſivum occupe le fond du ballon.

M. de Bullion a prouvé, d’après pluſieurs expériences, 1º. qu’on peut diminuer la quantité de ſoufre & celle du ſel ammoniac, & qu’il ſuffit d’employer huit onces d’étain amalgamé avec huit onces de mercure, ſix onces de ſoufre & quatre onces de ſel ammoniac. 2º. Que, après l’opération, l’aurum muſivum ne contient que du ſoufre combiné avec l’étain. 3º. Que ſi l’étain a été diſſous par l’acide marin, enſuite précipité par le natron, l’espèce de chaux qu’on obtient étant mêlée avec du ſoufre, enſuite expoſée à l’action du feu, produit le plus bel aurum muſivum ; mais que cet aurum muſivum n’étoit point propre à augmenter l’activité des machines électriques ; dans cette expérience, on a employé huit onces de précipité d’étain & quatre onces de fleurs de ſoufre ; mais ayant enſuite ajouté à un nouveau mélange un quart de ſoufre, l’aurum muſivum obtenu a donné beaueoup d’activité aux machines électriques. 4º. Enfin, que le mercure n’eſt pas partie conſtituante de l’aurum muſivum, & qu’il n’y a que le ſoufre & l’acide marin qui contribuent à donner à l’étain cette belle couleur d’or, & la propriété de donner de l’activité aux machines électriques.