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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p142.jpg
Le piqueur n’avait qu’un cri : « hue ! » (Page 43.)

« Qu’as-tu donc, Donner ? » dit-il.

Puis, à son tour, il regarda dans notre direction, les yeux écarquillés.

Cette tête pâle aux arêtes saillantes, aux lèvres minces, aux grands sourcils noirs contractés, et creusant au milieu du front une longue ride perpendiculaire, m’aurait frappé d’admiration dans toute autre circonstance ; mais alors un sentiment d’appréhension indéfinissable s’était emparé de mon âme, et j’étais plein d’inquiétude.

Tout à coup le jeune homme s’écria :

« Qui va là ?

— Moi, Monseigneur, répondit aussitôt Gédéon en s’avançant vers lui, moi, Sperver, le piqueur du comte de Nideck !… »

Un éclair traversa le regard du baron, mais pas un muscle de sa figure ne tressaillit. Il se leva, ramenant d’un geste sa pelisse sur ses épaules. J’attirai les chevaux et le chien, qui se mit subitement à hurler d’une façon lamentable.

Qui n’est sujet à des craintes superstitieuses ? Aux plaintes de Lieverlé, j’eus peur, un frisson glacial me parcourut tout le corps.

Sperver et le baron se trouvaient à cinquante pas l’un de l’autre : le premier, immobile au milieu de l’anse, la carabine sur l’épaule ; le second, debout sur la plate-forme extérieure de la caverne, la tête haute, l’œil fier et nous dominant du regard.

« Que voulez-vous ? dit le jeune homme d’un accent agressif.