Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
160
MAITRE DANIEL ROCK.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p238.jpg
« Mon pauvre vieux, lui dit-il, voici les gendarmes ! (Page 162 )

cela ne demandait qu’à revivre, mais si le secours n’arrivait pas, si le sang coulait toujours, il fallait mourir.

Heureusement le ciel avait décidé que maître Daniel Rock et ses fils ne mourraient pas en ce jour ; il les destinait sans doute à de nouveaux exploits.

En conséquence, au moment où tout semblait désespéré, le trot d’un cheval retentit dans la rue, et presque aussitôt un homme de trente à trente-cinq ans, grand, maigre, osseux, le front baigné de sueur, la barbe noire hérissée, une longue casaque grise sur les reins, apparut enfourché sur un grand cheval roux, haut de six pieds, aussi sec, aussi musculeux que son maître.

Cette figure étrange se pencha du haut de la selle jusque dans la chambre, en criant d’une voix éclatante :

« Courage !… c’est moi !…

— Le docteur Marchal ! dit Bénédum, nous sommes sauvés ! »

Et Thérèse, jusqu’alors si forte, si courageuse en face de la douleur, Thérèse, dont l’énergie n’avait pas fléchi une seconde pendant la lutte, perdit tout sentiment à ce rayon d’espérance. Elle tomba inanimée dans les bras de Ludwig.

Le docteur Marchal, grand admirateur des chemins de fer, mais amateur passionné de pierres druidiques, de ruines, de médailles, vieux manuscrits, avait toujours eu de l’estime pour Daniel Rock ; leurs goûts d’antiquités, leur vénération pour les derniers vestiges des