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L’ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉUS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p046.jpg
Courage ! courage ! coucou Peter. ( Page 24.)

et de trafic vous fera descendre dans l’échelle des êtres ? »

Malheureusement on ne l’écoutait pas, et plusieurs même se mettaient aux fenêtres, riant de sa simplicité.

« Au nom du ciel, maître Frantz, s’écriait Coucou Peter, ne faites pas de discours anthropo-zoologiques à ces gens, sans ça nous risquons de passer la nuit à la belle étoile et quelque chose de pis encore ! »

Quant à dame Thérèse, elle pressait le bras du brave ménétrier, ce qui lui causait un sensible plaisir.

Malgré son indignation, l’illustre philosophe ne pouvait s’empêcher d’admirer l’industrie singulière des habitants de Haslach : ici un boucher gros et gras, debout entre deux chandelles, distribuait de trois et même de quatre espèces de viande ; ces viandes toutes fraîches avaient un air appétissant qui faisait plaisir à voir, et les jolies servantes, leur petit panier sous le bras, l’œil ouvert et le nez retroussé, semblaient plus fraîches, plus grasses, plus vermeilles que les côtelettes suspendues aux crochets de la boucherie ; — là un forgeron, les bras nus, la figure noire, travaillait avec ses aides au fond de sa forge ; les marteaux clapotaient, le soufflet soupirait, les étincelles volaient en tous sens et plusieurs venaient s’éteindre aux pieds des passants ; — plus loin, le tailleur Conrad se dépêchait de finir pour la fête le gilet écarlate de monsieur l’adjoint ; son merle, dans sa petite cage d’osier, sifflait un air, et Conrad tirait l’aiguille en cadence ;