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Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p694.jpg
Le petit homme se débattait comme une martre. (Page 77.)


homme de génie ? Que dire ? que penser ? Ainsi cet homme, ce misérable, vivant au fond d’une tanière, mourant de faim, avait été peut-être, un de ces élus, que l’Être suprême envoie sur la terre, pour éclairer les générations futures ! Et cet homme s’était pendu de dégoût. On n’avait point répondu à sa prière, lorsqu’il ne demandait qu’un morceau de pain, en échange de sa découverte. C’était horrible ! Longtemps, je restai là, rêveur, remerciant le ciel de n’avoir pas voulu faire de moi un homme supérieur au commun des martyrs. Enfin, le garde champêtre me voyant les yeux fixes, la bouche béante, se hasarda de me toucher l’épaule :

« Monsieur Christian, me dit-il, voyez, il se fait tard ; M. le bourgmestre doit être rentré du conseil.

— Ah ! c’est juste, m’écriai-je en froissant le papier. En route ! »

Nous redescendîmes la côte. Mon cousin me reçut, la mine riante, sur le seuil de sa maison.

« Eh bien !… eh bien !… Christian, tu n’as rien trouvé de cet imbécile qui s’est pendu ?

— Non.

— Je m’en doutais. C’était quelque fou échappé de Stéfansfeld[1], ou d’ailleurs. Ma foi, il a bien fait de se pendre ; quand on n’est bon à rien, c’est ce qu’il y a de plus simple.


FIN DE L’INVENTEUR.
  1. Maison d’aliénés.