Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/94

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Il se promenait autour de la chambre ; puis il s’assit pour essayer ses lunettes, et la tante Grédel dit :

« Oui, mais ils ne l’auront pas tout de même, leurs méchancetés ne serviront à rien : ce soir, Joseph sera déjà dans la montagne, en route pour la Suisse. »

M. Goulden, en entendant cela, devint grave ; il fronça le sourcil et répondit au bout d’un instant :

« C’est un malheur… un grand malheur… car Joseph est réellement boiteux… On le reconnaîtra plus tard ; il ne pourra pas marcher deux jours sans rester en arrière et sans tomber malade. Mais vous avez tort, mère Grédel, de parler comme vous faites et de lui donner un mauvais conseil.

— Un mauvais conseil ! dit-elle ; vous êtes donc aussi pour faire massacrer les gens, vous ?

— Non, répondit-il, je n’aime pas les guerres, surtout celles où des cent mille hommes perdent la vie pour la gloire d’un seul. Mais ces guerres-là sont finies ; ce n’est plus pour gagner de la gloire et des royaumes qu’on lève des soldats, c’est pour défendre le pays, qu’on a compromis à force de tyrannie et d’ambition. On voudrait bien la paix maintenant ! Malheureusement les Russes s’avancent, les Prussiens se