Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/95

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mettent avec eux, et nos amis les Autrichiens n’attendent qu’une bonne occasion de nous tomber sur le dos ; si l’on ne va pas à leur rencontre, ils viendront chez nous, car nous allons avoir l’Europe sur les bras comme en 93. C’est donc tout autre chose que nos guerres d’Espagne, de Russie et d’Allemagne. Et moi, tout vieux que je suis, mère Grédel, si le danger continue à grandir et si l’on a besoin des anciens de la République, j’aurais honte d’aller faire des horloges en Suisse, pendant que d’autres verseraient leur sang pour détendre mon pays. D’ailleurs, écoutez bien ceci : les déserteurs sont méprisés partout. Après avoir fait un coup pareil, on n’a plus de racines nulle part, on n’a plus ni père, ni mère, ni clocher, ni patrie… On s’est jugé soi-même incapable de remplir le premier de ses devoirs, qui est d’aimer et de soutenir son pays, même lorsqu’il a tort. »

Il n’en dit pas plus en ce moment, et s’assit à la table d’un air grave.

« Mangeons, reprit-il après un instant de silence ; voici midi qui sonne. Mère Grédel et Catherine, asseyez-vous là. »

Elles s’assirent, et nous mangeâmes. Je rêvais aux paroles de M. Goulden, qui me semblaient justes. La tante Grédel serrait les lèvres, et