Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/43

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cheval, d’assez mauvaise figure, vint à Combenègre, entra dans la cour, et, s’adressant à mon père :

— C’est vous Martissou le Croquant, le métayer de M. de Nansac ? dit-il.

— C’est moi.

— Alors, voilà un acte de sortie de la métairie.

Et il tendit un papier à mon père.

Lui, le prit, le déchira en mille morceaux et les jeta au nez de l’huissier.

— Tout ça se payera ! dit l’autre en ricanant.

Et il s’en alla bon train, parce que mon père avait pris son aiguillon un peu brusquement, de manière qu’il semblait vouloir s’en servir plutôt pour en allonger un coup à l’huissier, que pour mener ses bœufs.


Depuis que nous avions reçu cet acte de sortie, et après que la chienne fut à Cendrieux, ma mère était plus tranquille. C’était l’affaire de quelques mois, et, à la Saint-Jean, nous quitterions cette mauvaise métairie où nous crevions de faim : surtout, nous ne serions plus exposés à quelque méchante affaire de la part de cette canaille de Laborie. Mais, quand un malheur est en chemin, il faut qu’il arrive : une nuit, nous entendîmes gratter à la porte avec de petits ginglements.

— C’est la chienne, fit mon père en allant